Monter sans mors, une équitation plus douce ?

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Monter à cheval avec ou sans mors, voilà encore un sujet qui fait débat dans le monde de l’équitation. Certains cavaliers sont de fervents opposants à l’utilisation d’un mors. D’autres ne jurent que par lui. Et d’autres enfin travaillent tantôt avec et tantôt sans. Petit tour d’horizon de ce sujet épineux…

 

Monter à cheval avec un mors, une question d’habitude

Si tant de cavaliers utilisent un mors pour monter à cheval, c’est avant tout une question d’habitude. Il en va du mors comme des fers : la très grande majorité des cavaliers apprennent à monter dans des structures où les chevaux en portent. Aussi, c’est tout naturellement que lorsqu’ils deviennent propriétaire d’un cheval ils reproduisent ce qu’ils ont appris. D’ailleurs, si le cheval est logé dans un poney club ou un centre équestre classique, le débourrage puis le travail ne s’envisagent souvent qu’ainsi. Mettre des fers à son cheval et le monter avec un mors, cela va simplement de soi pour la plupart des gens. Ce n’est que lorsque des problèmes apparaissent, bien souvent, que les cavaliers s’intéressent à d’autres pratiques.

Ils  découvrent alors le pieds nus ; l’équitation sans mors ; les compléments sans céréales ; le slow feeding ; les médecines dites alternatives pour la santé du cheval… Un univers bien loin de ce que l’on considère aujourd’hui comme l’équitation classique ! S’écartant des sentiers battus, ils sont parfois la cible de critiques des autres cavaliers, ce qui ne facilite pas leur transition. Pourtant, loin d’être un effet de mode comme certains le prétendent, cette autre façon d’aborder le cheval est avant tout un chemin vers un plus grand respect de sa nature et de sa sensibilité. En effet, ce que l’on reproche le plus aux mors, ce sont les douleurs et les blessures qu’ils infligent aux chevaux. L’équitation sans mors est donc considérée comme étant plus douce. Mais est-ce vraiment le cas ?

 

Le mors, un outil dangereux et douloureux pour le cheval

Que l’on soit pour ou contre l’utilisation du mors, il est une réalité que l’on ne peut nier. C’est que celui-ci repose sur les barres, une partie on ne peut plus sensible de l’anatomie du cheval ! Concrètement, les barres correspondent à une partie des mandibules – mâchoires inférieures – du cheval qui sont dépourvues de dents et recouverte d’une muqueuse fine et très innervée. Considérant que les mors sont le plus souvent composés de métal, leur potentiel à infliger douleur et de blessures au cheval est tout simplement indéniable. Quiconque prétendrait le contraire ferait preuve de mauvaise fois. De plus, l’appui du mors sur la langue du cheval comprime celle-ci et la repousse contre les dents. Si les molaires du cheval présentent des pointes, il peut se blesser la langue dessus. Et lorsque le cavalier tire sur un mors releveur – mors de filet- ce sont les commissures des lèvres qui sont blessées. On peut aussi parler des chevaux montés en mors malgré des dents de loup ou de cochon. Ou des extractions de ces dents imposées aux chevaux pour faire place au mors qui s’appuie alors sur une gencive fragilisée.

Donc, oui, le mors est un outil dangereux et potentiellement douloureux pour le cheval. Imaginez la pression les chocs imposés à ces barres si sensibles par des mains instables ! Ou la pression exercée dessus ou sur la commissure lorsque le cavalier se plaint de douleurs aux épaules à force d’avoir tiré sur son mors pendant une heure !! Sans parler des expressions telles que « casse-lui une dent » ou « met-lui un coup de sonnette » qui illustrent bien la douceur des relations qui peuvent exister entre mains du cavalier et bouche du cheval…

 

Le mors devrait donc être un outil réservé aux couples cavalier / cheval expérimentés

Toute personne raisonnable et honnête ne peut que reconnaitre qu’un tel outil devrait être utilisé avec la plus grande prudence et la plus grande délicatesse. Ce qui veut dire que son usage devrait être réservé aux cavaliers expérimentés. Des cavaliers ayant une bonne assiette et une main stable et douce. De plus, ces cavaliers ne devraient y avoirs recours qu’avec des chevaux déjà éduqués. Des chevaux ayant appris à répondre aux indications posturales du cavalier. Que l’on puisse diriger avec ses jambes et ses épaules, sans jamais avoir à tirer sur les rênes. Grâce à un contact doux avec la bouche du cheval, le cavalier viendrait simplement donner des informations ponctuelles pour augmenter la précision de ses demandes. Utilisé de cette façon, l’impact d’un mors sur les barres et la bouche d’un cheval est bien moindre. 

Afin de ménager et de respecter l’intégrité physique du cheval, son éducation sous la selle devrait donc se faire sans mors. Et il devrait en être de même de l’éducation des cavaliers. A mon sens, aucun débutant ne devrait tenir des rênes reliées à un mors. Le permettre, c’est accepter que le cheval fasse les frais de l’inexpérience et des erreurs du cavalier. Non seulement la bouche des chevaux serait alors préservée, mais en plus les cavaliers cesseraient d’associer la présence du mors à un sentiment de sécurité. Car c’est là l’un des arguments forts des cavaliers en faveur du mors.

 

Monter avec un mors permet-il vraiment d’être plus en sécurité ?

Pour de nombreux cavaliers, le mors est un gage de contrôle et donc de sécurité. Peut-être faites-vous partie de ceux pour qui s’est le cas. Posez-vous alors la question suivante : vous êtes-vous déjà fait embarquer par un cheval équipé d’une embouchure ? Ce mors vous a-t-il alors réellement aidé(e) ? De fait, tout cavalier ou presque s’est déjà retrouvé désemparé sur un cheval qui s’était emballé. Et dans ces cas là, avec ou sans mors, il n’y a pas à dire : c’est le cheval qui a le dessus. En réalité, la sécurité est toujours relative lorsqu’on monte à cheval. C’est une activité risquée et tout cavalier le sait.

Ce qui garantit la plus grande sécurité, ce n’est pas la présence d’un mors dans la bouche du cheval. C’est la confiance qu’il a en lui et en son cavalier et la clarté de leur communication à tous les deux. Le cheval qui « prend le mors aux dents » réagit en fait à une peur ou à une douleur. Lui faire mal – ou plus mal encore – en lui tirant de toutes ses forces sur la bouche n’a guère de chances de l’aider à se calmer. Si le mors dans la bouche de votre cheval vous donne une impression de sécurité, il est donc peut-être temps de vous interroger sur vos peurs et de revoir votre façon de communiquer avec votre cheval.

 

Oui, mais avec un mors on communique de façon plus précise avec le cheval !

Voilà un deuxième argument en faveur du mors. Celui de la précision. Lorsque je parle d’équitation sans mors avec des cavaliers, certains me regardent d’un air navré ou condescendant en m’affirmant que sans mors on ne va pas loin avec un cheval. Que cet outil est un outil de précision sans lequel on ne peut dépasser un certain niveau de dressage.

Je veux bien admettre que sa position dans la bouche assure plus de précision que la majorité des ennasures en ce qui concerne la communication avec les rênes. Cependant, combien de cavaliers ont-ils vraiment pour ambition de réaliser des appuyers ou des pirouettes au galop avec leur cheval ? En faites-vous partie ? Et si vous préférez sauter, êtes-vous au millimètre près lorsque vous abordez un obstacle ? Soyons honnête : un cavalier de loisir peut tout à fait se satisfaire de la précision d’une ennasure. De plus, un cavalier n’est pas censé diriger son cheval avec ses mains. Le mouvement du cheval doit venir de l’arrière. Il doit répondre au plus léger contact de la jambe du cavalier lui demandant d’engager ses postérieurs. Et l’incurvation doit résulter de la position des épaules, du bassin et de la jambe intérieure de celui-ci. En réalité, un bon cavalier devrait pouvoir gérer la direction et les allures de sa monture avec les rênes posées sur l’encolure. S’il n’en est pas capable, alors il n’est pas en équilibre et son cheval ne peut pas l’être non plus. La question du mors n’est donc pas encore d’actualité pour lui.

 

L’équitation sans mors, loin d’être une simple mode, relève donc du simple bon sens !

Monter à cheval sans mors semble donc la solution la mieux adaptée à la majorité des cavaliers comme des chevaux. Tant qu’on n’aborde pas la Haute Ecole, une ennasure est bien suffisante pour évoluer avec un cheval. Cela permet au cavalier comme à son compagnon équin de faire des erreurs, en limitant les risques de douleurs pour ce dernier. Considérant cela, toutes les écoles d’équitation devraient travailler ainsi. Quant à nous, cavaliers, nous devrions nous demander avant de mettre un mors dans la bouche d’un cheval si nous saurons l’utiliser et si le cheval y est prêt

Pour ma part, je monte mes chevaux sans mors. Pour l’instant, je n’éprouve pas le besoin d’en utiliser un et je ne suis pas sûre que cela viendra. Mon mari qui est très bon cavalier monte ses chevaux avec un mors. L’un d’eux maîtrise tous les exercices de Haute Ecole et l’autre progresse dans cette direction. Chacun de nous s’adapte s’il monte les chevaux de l’autre. Lorsque nous débourrons un cheval, nous commençons toujours sans mors. Si le propriétaire le désire, nous l’introduisons lorsque le cheval y est prêt. Et il nous arrive de conseiller de rester en ennasure car le cheval n’apprécie pas le mors ou parce que le cavalier manque de stabilité pour l’utiliser. Nous ne sommes pas sectaires, nous considérons que chaque cheval et chaque couple cavalier / cheval est différent. La meilleur solution dépend de multiples paramètres, et tout est possible tant que le bien être du cheval passe en premier.

 

Même sans mors, une mauvaise main peut cependant blesser le cheval, surtout avec une ennasure sévère !

L’équitation sans mors ne rime malheureusement pas avec respect ni avec douceur. Quoi qu’on lui mette dans les mains, un cavalier peut se montrer dur et violent envers son cheval. Aussi est-il important de garder à l’esprit que le cheval est votre ami, votre compagnon. Assurez-vous d’avoir des actions aussi douces que possibles. Et dites-vous que si vous éprouvez le besoin de tirer sur vos rênes, c’est qu’il y a un problème ! Revenez à la base, et apprenez à mieux communiquer avec votre cheval.

Choisissez également une ennasure douce, d’autant plus si vous débutez ou manquez de précision. Un hackamore peut priser l’os nasal du cheval. Et un licol en corde comme ceux utilisés dans l’équitation américaine dite « éthologique » laisse de profondes marques sur le chanfrein lorsqu’on tire dessus. La corde fine pénètre les chairs et peut les brûler. Un main dure sera toujours dommageable au cheval. Comme avec un filet, il est important de veiller à ce que votre muserolle soit assez lâche pour permettre le libre mouvement des mâchoires de votre cheval. Si vous éprouvez le besoin de la serrer pour la stabiliser, c’est que vous tirez sur vos rênes ou que cette ennasure est inadaptée. Prenez le temps de trouver une solution qui vous convienne, ainsi qu’à votre cheval ! Que vous soyez pour ou contre l’équitation sans mors, j’espère que cet article vous aura apporté des pistes de réflexion. Pensez à vous abonner au blog pour être informé(e) des prochaines parutions et partagez sur vos réseaux !

 

Laure Souquet
Ostéopathe équine
equinessentiel(a)gmail.com


Photographe : Kevin Simonet
www.suismonobjectif.com

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7 Comments

  1. Catherine LECERF dit :

    Parfait !

  2. Gerard dit :

    Bonjour Laure
    Oui oui oui, entièrement en accord avec cet article.
    Le problème, c’est que la peur l’emporte toujours sur la raison.
    Pour le cavaler,monter sur un cheval sans mors, c’est comme monter dans une voiture sans frein et sans volant .
    Les mors et la cravache sont les achats prioritaires du cavalier sans oublier, les éperons bien sûr.
    Et voilà , la confiance en soi et la domination du cavalier sur le cheval sont achetées elles aussi avec le matos. Formidable non?
    OUF, la tradition équestre est respectée .Vive le cadre noir.
    Pourtant : l’ouverture d’esprit n’est pas synonyme de fracture du crâne.
    Merci pour nos chevaux et pour cet article.

    • Équinessentiel dit :

      A nous, montant nos chevaux sans mors, de montrer à ceux qui ont peur que cette peur est sans objet. Par l’exemple, on intrigue les autres cavaliers, qui finissent par se poser des questions puis par nous en poser. Et ainsi les choses avancent peu à peu !

  3. Sarah dit :

    J’ai envie de dire ça dépend je crois que quand on travaille avec du vivant il ne faut pas espérer des lois universelles !
    Je ne suis ni pour ni contre j’ai eu un jeune un peu compliqué qui était plus à l’aise avec un flex que monté en enasure douce et j’ai eu un autre jeune qui était aussi bien en enasure douce qu’en mors double brisures après moult et moults essais !
    Je suis une fervante de l’école de la légèreté de Philipp Karl donc j’ai tendance à monter avec mors parce que c’est un outils « qui me parle » cependant j’ai fait les debourrages à l’obstacle sans mors sur les 2 jeunes pour ne pas casser la bouche par erreur.
    Je pense que le plus important c’est de rester ouvert à tout, être à l’écoute de son cheval et savoir s’adapter sans se fermer les portes parce qu’on a lu un tel et qu’on a telle ou telle conviction. Sans mors avec mors, sans arçon avec arçon, sans fer avec fer, il n’y a pas une vérité générale il faut s’informer se former et écouter notre equidé et dans les moments de doute s’entourer de professionnels compétents, bienveillants et ouverts d’esprit !

  4. Catherine Kohler dit :

    Bonjour, j’ai été très intéressée par votre article. Quel type d’ennasure considérez-vous comme douce? Comme je ne m’y connais pas très bien et je sais que, comme vous le précisez, certains types d’ennasures peuvent être plus sévères que certains mors…
    Merci de m’éclairer…

    • Équinessentiel dit :

      Bonjour,

      Il en existe des tas ! L’essentiel est de trouver une bride sans mors avec des montants et une muserolle assez large pour répartir la pression, et si possible réfléchie en fonction de l’anatomie de la tête. Bien sûr, ne pas serrer la muserolle afin que la mâchoire soit libre de jouer correctement. J’ai testé plusieurs modèles mais aucun n’a encore reçu ma totale approbation au point d’en faire la pub.

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