Les chevaux ont-ils une charge mentale ?

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La charge mentale, c’est l’enfer de notre société, mais qu’en est-il des chevaux ? Pensez-vous qu’ils aient eux aussi une charge mentale ? Cette question a été posée récemment par une collègue sur son profil Fb et j’ai eu envie d’y réagir à travers un article tant elle m’a inspiré de réflexions.

 

La charge mentale, qu’est-ce que c’est ?

La charge mentale désigne l’ensemble des préoccupations que vous gardez en permanence à l’esprit.  Toutes les choses que vous devez penser  à faire plus tard. Des tâches que vous ne devez pas oublier et qui encombrent votre esprit et votre mémoire. Par exemple, aller chercher les enfants à telle heure ; penser à prendre ceci ou cela quand vous ferez vos prochaines courses ; payer telle ou telle facture à la fin du mois ; organiser un déplacement à venir, etc, etc. Ces pensées sont en arrière plan quoi que vous fassiez et source de stress et de fatigue. Plus vous avez de responsabilités, notamment familiales mais aussi dans votre travail, et plus votre charge mentale risque d’être importante. De même, elle tend à augmenter avec la désorganisation et la procrastination. En effet, ce qui est fait n’est plus à faire et il n’est donc plus nécessaire d’y penser.

Chaque personne a donc une charge mentale plus ou moins élevée. Ceci dépendant de sa façon de considérer et de gérer ce qui est de sa responsabilité.

 

Pour avoir une charge mentale, il faut vivre dans sa tête…

La charge mentale vient du travail… du mental ! De l’intellect. Elle demande une capacité à se projeter dans le futur et à garder en mémoire toute une liste de choses à faire. Et à y repenser tout au long de la journée. Si un cheval avait une charge mentale, quelles pourraient être ses préoccupations ? Lorsque vous l’emmèneriez pour travailler, penserait-il à son troupeau dont il se sentirait responsable ? Se demanderait-il comment le gérer à son retour ? Penserait-il aux tensions à apaiser autour des points de ressources ou entre deux chevaux qui ne s’apprécieraient pas ? A part ça, un cheval n’a en effet aucune tâche qu’il lui convient d’accomplir en particulier. Ce n’est pas lui qui remplit le bac d’eau. Ni les filets à foin. Ce n’est lui non plus qui remplace la pierre à sel. Ni qui prend la décision de changer de pré. Il ne fabrique rien. Donc il ne peut pas laisser une tâche en cours. Il ne paie ni factures ni impôts. Ne laisse pas ses poulains en garde à d’autres chevaux, ni ne les conduit à des activités.

Cependant, les relations entre les membres de son troupeau pourraient-elle le préoccuper au point qu’il rechigne à quitter son pré ?

 

Or les chevaux vivent dans l’instant, habitant leur corps

En réalité, le cheval ne vit pas dans sa tête. Au contraire de l’humain, il vit naturellement dans son corps qu’il habite à chaque instant. Ceci pour être capable de sentir à la seconde la plus petite variation dans son environnement ou dans l’état émotionnel des êtres qui l’entourent. C’est cette capacité à être présent dans l’instant qui a permis au chevaux de survivre pendant des générations. Parce qu’elle leur a permis, notamment, de fuir lorsqu’il le fallait pour sauver leurs vies. Et même s’ils sont à présent domestiqués, ils restent des chevaux. Ils vivent l’instant, totalement présents à eux-mêmes et à ce qui les entourent. C’est d’ailleurs une chose que nous pouvons apprendre en les côtoyant. Et même que nous devons apprendre si nous voulons entrer dans leur monde et construire de belles relations avec eux.

La principale responsabilité d’un cheval dans un troupeau est de rester attentif. Lorsque certains se reposent, d’autres veillent. Si l’un d’eux s’en va, de son propre chef ou non, il n’a plus de responsabilités au sein du groupe. Comment pourrait-il être attentif pour les autres s’il n’est pas là ? Sa responsabilité est reportée vers son nouveau groupe. Certaines théories admettent que chaque cheval a un rôle donné dans un groupe. Cependant, si ce cheval vient à quitter le groupe, un autre le remplace aussitôt. Et s’il arrive dans un nouveau groupe, une fois accepté, son rôle apparent sera peut-être différent. Et surtout, dès qu’il arrive dans un autre groupe, du moment que celui-ci est hors de portée de sens, il ne cherche plus à retrouver celui qu’il a quitté.

Je pense que les chevaux suivent simplement celui qui semble le plus sûr de lui. Ils s’appuient sur celui qui est là à l’instant et qui prend une décision. Ce qui permet aux groupes de survivre même si l’un des membres vient à disparaître. 

 

Les chevaux n’ont donc pas de charge mentale

Puisqu’ils vivent dans l’instant, les chevaux n’ont pas de charge mentale. Dans la nature, la capacité à en avoir une serait encore plus inutile qu’en captivité. En effet, les chevaux sauvages, semi-sauvages ou ferraux vivent en troupeaux dont les membres ne se séparent jamais. Ils mangent des végétaux qui ne sont pas regroupés dans un râtelier mais accessibles à tous en baissant la tête. Ils n’ont pas à se demander où se trouve leur troupeau. Ni à gérer de tensions en son sein. Ils ont donc l’esprit libre. Ils ne s’occupent que de l’instant. De ce qu’ils vivent là, maintenant, tout de suite. Et les chevaux domestiques que je soigne, que je travaille et dont je prends soin quotidiennement depuis plus de 12 ans m’ont toujours prouvé qu’ils fonctionnaient de la même façon.

 

Attention aux pièges de l’anthropomorphisme !

Lorsqu’on se pose des questions sur le comportement d’un cheval, il faut toujours bien garder à l’esprit qu’il appartient à une autre espèce que la nôtre. La nature l’a créé pour vivre dans un environnement particulier, selon une organisation sociale particulière, avec des contraintes particulières. Son fonctionnement psychologique, émotionnel et corporel est adapté à ces spécificités. De façon à lui permettre de vivre au mieux dans cet environnement qui est censé être le sien. Aussi sa façon de penser et de réagir est-elle fondamentalement différente de la nôtre. Son intelligence également. Tenter de comparer nos façons d’appréhender le monde n’a aucun sens en soi. Cela ne peut que nous pousser à des biais d’interprétation qui peuvent parfois être lourds de conséquences.

Personne n’est à l’abri des pièges de l’anthropomorphisme. Ni des erreurs d’interprétations. D’ailleurs, cet article est loin d’établir la vérité. Il présente simplement MA vérité. Une vérité qui vient de mon expérience quotidienne auprès des chevaux avec la volonté de les comprendre au mieux pour les soigner au mieux. Je n’étudie pas les chevaux, je vis avec eux. Je ne cherche pas à ce qu’ils me ressemblent. Simplement, je cherche à comprendre leur monde, pour mieux y entrer. Alors chaque fois que vient une question sur leur façon d’appréhender les choses, je reviens à mes connaissances de base sur eux et à mes observations quotidiennes. Ai-je déjà échoué à obtenir d’un cheval qu’il me suive loin de son troupeau en toute confiance ? Non. Ai-je déjà vu un étalon continuer de se préoccuper de ses juments lorsqu’il en était loin et occupé à autre choses ? Non.  Etc. Donc je ne pense pas que les chevaux puissent avoir une charge mentale.

 

Faites preuve d’esprit critique et mettez vos théories à l’épreuve

Une théorie n’est pas vraie parce qu’une personne connue l’émet. Une théorie semble être vraie si toutes les observations convergent dans son sens. Jusqu’à ce qu’une personne observe les choses sous un autre angle. Ou interprète les choses d’une autre façon. Lorsque vous avez une théorie, demandez-vous en quoi elle pourrait vous arranger. Si elle vous fournit une excuse pour échouer à faire quelque chose, par exemple, soyez prudent(e). L’adopter est peut-être simplement une façon de vous rassurer. Alors mettez-la à l’épreuve. Si cette théorie vous permet d’obtenir de meilleurs résultats en changeant votre façon de procéder, alors elle est peut-être vraie. Sinon, elle est surement fausse.

 

Un exemple concret :

Par exemple, ici : Un cheval peine à quitter son groupe. Est-il préoccupé par des responsabilités au sein de ce groupe ? Imaginez qu’il soit très actif lors des conflits autour du foin. C’est un exemple qui avait été pris dans la discussion qui m’a inspirée. Mettez le groupe dans un pré où il y aura assez d’herbe pour le nourrir sans foin. Tentez de nouveau de sortir le cheval. Il est toujours aussi stressé à l’idée de s’éloigner ? C’est que votre théorie était fausse, puisqu’il n’y a plus de conflits à gérer. Reprenez les bases du travail à pied. D’abord dans la sécurité de son groupe jusqu’à ce qu’il soit à l’aise à vous suivre et très à l’écoute. Faites-vous aider par un professionnel si besoin. Sortez-le de nouveau du groupe à ce moment, et vous verrez qu’il vous suivra sans problème. Alors peut-être bien que c’est en effet un manque de confiance en lui et en vous qui était à l’origine du problème.

Pour moi, c’est aussi simple que cela. Car on ne sera jamais dans la tête des chevaux. Mais on pourra toujours vérifier si nos théories nous aident à mieux vivre avec eux et à les rendre plus sereins et en meilleure santé. 

 

J’espère que cette réflexion vous aura permis de réfléchir à la façon dont vous abordez les chevaux et leur fonctionnement. Plus que le sujet, c’est la manière d’y réfléchir qui m’intéresse ici. 

 

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Laure Souquet
Ostéopathe équine
equinessentiel(a)gmail.com


Photographe : Kevin Simonet
www.suismonobjectif.com

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2 Comments

  1. Munoz dit :

    C’est tout simplement que le cerveau du cheval n’est pas équipé de cortex préfrontal, donc pas d’analyse, pas de notion du bien et du mal, pas de culpabilité et… pas de charge mentale.
    Merci pour votre article.
    Cordialement
    Bernadette

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