Bien débourrer un cheval, avec ou sans mors

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Lorsque vient le moment de débourrer un cheval, il est très important que cela soit bien fait. Que l’on travaille avec ou sans mors, cette étape de l’éducation va conditionner toute la suite du travail monté. Voici en quoi consiste un débourrage et à quoi il faut faire attention.

 

Débourrer un cheval, en quoi cela consiste-t-il ?

Le mot « débourrer » est mal connoté de nos jours. Cependant, c’est le mot d’usage pour désigner l’action d’éduquer un cheval au travail sous la selle. Concrètement, il s’agit d’apprendre au cheval à porter un cavalier sur son dos et à interagir en bonne intelligence avec lui. Ceci que l’on travaille avec ou sans mors. Le débourrage est donc le tout début du travail monté. Classiquement, les professionnels s’entendent sur le fait qu’un cheval est considéré comme débourré s’il peut être monté et dirigé au pas et au trot. Le galop ne fait pas forcément partie du débourrage, étant donné que tous les chevaux ne sont pas capables de galoper en équilibre sous un cavalier en quelques semaines. 

Débourrer un cheval, c’est donc lui donner des bases sur lesquelles le cavalier pourra s’appuyer pour construire une belle équitation. Bien débourrer un cheval, c’est lui apprendre ces bases en douceur. En développant avec lui une relation de confiance, de façon à ce que chaque étape se passe bien, dans le calme. Et de façon à ce qu’il prenne plaisir à ce travail. Idéalement, c’est aussi le guider dès le début vers une communication fine tout en lui apprenant à bien utiliser son dos. L’équilibre et la légèreté, ça se travaille dès le débourrage !

 

A quel âge débourrer un cheval ?

Si on débourre traditionnellement tôt, c’est pour des raisons financières

L’âge auquel on choisit de débourrer un cheval est une question importante. En effet, plusieurs facteurs ont à prendre en compte. Et notamment la maturité du cheval sur différents plans.

Dans les courses, on débourre vers 1,5 ans. En obstacle ou en dressage, vers 2 ou 3 ans. Cela s’explique par des raisons financières. En effet, plus vite un cheval est lancé dans sa carrière sportive et mieux c’est. Les premières courses ou les premiers concours commencent tôt, et les professionnels n’ont que peu de choix pour débuter leurs chevaux. Ils doivent se plier aux usages. De même pour les éleveurs, même s’ils vendent des chevaux de loisir. Dès qu’un cheval est débourré il peut être vendu à un tarif correct. Plus on attend et plus on doit passer d’années à l’entretenir. Cependant, un particulier qui a son propre cheval peut prendre son temps. Et c’est fort souhaitable ! 

 

Pourtant, à 4 ans un cheval n’est mûr ni physiquement ni psychologiquement

Tout d’abord, considérez bien le fait qu’un cheval ne termine sa croissance qu’autour de 8 – 9 ans. A 4 ans, âge auquel on débourre traditionnellement les chevaux de loisir, votre cheval n’est encore qu’un jeune adolescent. Sa structure ostéo-articulaire est en plein développement. Il n’est pas mûr physiquement pour porter un cavalier sur son dos plus de quelques minutes d’affilée. De plus, il est aussi en train de construire sa personnalité. Entre 2 et 4 ans un cheval est généralement docile. Il est faible physiquement et se fatigue vite au travail. Il a peu de force pour porter mais aussi pour jeter son cavalier. C’est aussi pour cela qu’on débourre les chevaux entre 2 et 4 ans. Mais c’est aussi pour cela qu’il faut faire très attention lorsqu’on les fait travailler à cet âge. Car on risque si on les pousse trop de voir apparaître des lésions qui compromettront leur santé sur le long terme. 

 

Entre 5 et 6 ans, le cheval teste les limites

Entre 5 et 6 ans, un cheval prend de la force et commence à chercher sa place. Le cheval docile comprend soudain qu’il peut prendre des décisions contre le cavalier. Il teste les limites comme il le fait dans son troupeau. On pourrait comparer cette période à la « crise d’ado » des humains. C’est un dur retour à la réalité pour de nombreux cavaliers qui ont commencé à monter leur cheval tôt et qui découvrent une toute nouvelle monture, bien plus difficile ! Vous avez tous entendu cette histoire : « Pourtant à 4 ans je pouvais partir en balade à cru et en licol sans qu’il bouge une oreille ! » ou « L’année dernière je pouvais laisser mes enfants le monter et aujourd’hui il est limite dangereux. » Et oui, les chevaux changent. Leur personnalité évolue jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge adulte. Ce qu’ils acceptaient à 3 ans, ils peuvent le refuser violemment à 5 ans. On peut donc travailler avec eux à cet âge là mais en sachant qu’il faudra s’y prendre avec beaucoup de patience, de douceur et de calme. 

 

L’âge idéal pour débourrer un cheval se situe entre 7 et 8 ans

Cette affirmation va en surprendre beaucoup. Pourtant, je pense sincèrement que l’âge idéal pour débourrer un cheval, que l’on travaille avec ou sans mors, se situe entre 7 et 8 ans selon le cheval. D’abord, parce qu’à cet âge le cheval a presque terminé sa croissance. Il peut donc commencer à travailler de façon régulière. Ensuite, parce que sa personnalité est alors bien déterminée et qu’il est émotionnellement mâture. De plus, le cavalier a eu de belles années pour préparer son cheval à pied, sur le plan de la communication et de la confiance comme sur le plan physique.

Une idée reçue répandue est que cet âge est trop tardif pour bien débourrer un cheval. Tout simplement parce qu’alors il est plus difficile de le soumettre. Car il est fort et a confiance en ses capacités. Cependant, si on travaille intelligemment et sensiblement, il n’est pas question de soumission mais de coopération. Respecter son cheval, à mon sens, c’est aussi accepter de lui laisser le temps de grandir avant de lui demander de travailler avec nous. Pour avoir débourré plusieurs chevaux à cet âge, je peux vous dire que j’y ai pris du plaisir et que tout s’est toujours bien déroulé. Et de mon côté, j’étais heureuse de savoir que les chevaux étaient pleinement capables de répondre aux demandes qui leur étaient faites. Et de continuer le travail par la suite.

Bien sûr, vous pouvez décider de débourrer plus tôt. Mais sachez que vous passerez probablement par une période difficile avec votre cheval. Et que vous devrez vous contenter de petites séances espacées afin de ne pas le fatiguer physiquement ni le blesser. 

 

Un bon débourrage commence à pied

Pour que débourrer un cheval soit un plaisir pour celui-ci comme pour le cavalier, la confiance doit être réciproque. Or, la confiance s’établit à pied. Avant de songer à monter sur le dos d’un cheval, il faut donc passer du temps à développer à pied une bonne communication. C’est lorsque le cheval commence à vous comprendre qu’il se dit que vous pouvez être un référent fiable. Et pour lui présenter de nouvelles choses et lui donner envie de les découvrir, vous devez être pour lui un référent. Tout bon débourrage commence donc à côté du cheval.

Lorsque mon mari et moi débourrons un cheval – vous allez vite comprendre pourquoi nous le faisons à deux – nous commençons toujours par évoluer à pied avec lui. Nous prenons quelques semaines pour lui apprendre à marcher à l’épaule, à s’arrêter au souffle, à tourner, à changer de main. Bref, à être attentif à nos demandes et à pendre plaisir à l’échange. Et nous passons simplement du temps avec lui, au champ, à méditer ou à le masser. Parce que c’est ainsi que l’on devient ami avec un cheval et qu’on lui donne envie de passer du temps avec nous. Dès lors, le débourrage à proprement parler n’est plus qu’une formalité.

 

Ensuite, éduquer le cheval sous la selle n’est plus qu’une formalité

Une fois que le cheval connait bien les bases du travail à pied, il ne reste plus qu’à faire le lien en selle. C’est là qu’il est intéressant d’être deux.

Puisque le cheval est en confiance, lui poser un tapis et une selle sur le dos ne l’émeut pas le moins du monde. C’est juste une nouveauté de plus que lui présente son ami humain. De même, il accepte avec curiosité ou même sans se poser la moindre question que cet ami se perche sur son dos. Il suffit alors de lui apprendre à communiquer avec son cavalier. Si les bases sont bien acquises à pied, elles permettent de gagner énormément de temps. En effet, le cavalier peut travailler avec une personne à pied qui aide le cheval à comprendre ses demandes. Le cavalier touche le flanc du cheval avec sa jambe et la personne à côté du cheval lui indique de se mettre en marche. Le cavalier serre les cuisses en soufflant et la personne à côté s’arrête. Etc.

Au début, la personne à pied réagit dès que le cavalier fait sa demande. Puis, elle laisse le temps au cheval de comprendre et n’intervient  que si celui-ci se trompe ou ne comprend pas. Ainsi, en quelques séances seulement le cheval comprend ce qu’on attend de lui.

Pour cette étape, il est important que les deux personnes se comprennent bien et soient habituées à travailler ensemble. En procédant de cette façon, le débourrage se déroule toujours dans le calme. La personne à pied peut rassurer le cheval s’il stresse. Elle peut le tenir en longe au début, afin d’être en mesure d’intervenir pour le calmer ou l’arrêter si besoin. L’expérience est sécuritaire et positive pour tout le monde. 

 

Débourrer, avec ou sans mors ?

Que l’on travaille avec ou sans mors, le travail du débourrage est le même. L’idéal est donc d’opter de suite pour la solution que vous comptez utiliser par la suite. Inutile, par exemple, de passer par un débourrage au mors si vous souhaitez finir par monter sans. Monter un jeune cheval avec un mors n’est pas forcément moins dangereux. S’il venait à s’emballer, par exemple, le mors ne servirait pas davantage qu’une ennasure pour l’arrêter. Votre sécurité, lorsque vous montez à cheval, vient surtout de la relation de confiance qui vous lie à ce cheval. Et des réflexes que vous lui avez permis d’acquérir lors du débourrage.

Si vous optez pour la force en éduquant un cheval, vous serez toujours perdant(e). Parce qu’il sera toujours beaucoup plus lourd et beaucoup plus fort que vous. C’est pourquoi il est important que le cheval apprenne à considérer l’humain qui le guide comme un élément rassurant sur qui il puisse se reposer lorsqu’il a peur ou qu’il doute. Il faut qu’il sache que cet humain prend les décisions en cas de difficulté et qu’il peut s’y fier. Et chaque expérience qui finit bien, chaque fois où il parvient à dépasser sa peur aux côtés d’un humain renforce sa confiance. Avec ou sans mors, c’est sur cela qu’il faut travailler.

Quant aux indications de bases, l’idée est de toute façon de toucher le moins possible à la tête du cheval ou à sa bouche. Que se soit pour le diriger ou pour gérer sa vitesse. Car chaque fois que vous tirez sur une rêne ou sur les deux, vous déséquilibrez le cheval. Donc débourrer avec ou sans mors ne change vraiment pas grand chose au travail. 

 

Le débourrage n’est qu’un début, le travail commence après

Débourrer un cheval, c’est lui apprendre les bases nécessaires pour commencer le travail sous la selle. Rien de plus. D’ordinaire, cela se fait en un à deux mois si vous emmenez votre cheval chez un professionnel. Un temps largement insuffisant pour que le cheval soit vraiment habitué à être monté. Pour qu’il se soit musclé suffisamment pour porter son cavalier une heure par jour ou plusieurs heures d’affilée. Ou pour qu’il n’ait plus peur de rien en extérieur. D’ailleurs, aucun débourrage ni aucun travail au monde ne pourra jamais changer fondamentalement la nature d’un cheval. Un cheval vif sursautera toujours lorsqu’un oiseau s’envolera d’un bosquet à son passage. Sa réaction s’atténuera seulement avec l’habitude.

Le débourrage est donc le tout début de l’aventure d’un cheval en tant que monture. Il lui permet d’apprendre à se mettre en avant, à ralentir ou à s’arrêter ainsi qu’à tourner. S’il est bien fait, le cheval est calme sous la selle et attentif aux aides du cavalier. Celui-ci peut alors tranquillement commencer le travail à proprement parler. C’est à dire cumuler des heures en selle avec son cheval pour lui apprendre à s’équilibrer toujours mieux. Et pour lui faire vivre le plus d’expériences positives possible, notamment à l’extérieur, afin de renforcer sa confiance en lui. La qualité du débourrage est primordiale pour que ce travail se déroule bien et que cheval et cavalier y prennent plaisir. Il faut donc y prêter une grande attention. Ne vous lancez à le faire vous-même que si vous êtes sûr(e) de vous. Et sinon, choisissez avec soin les personnes auxquelles vous confiez cette mission. Car une erreur commise lors de cette étape peut être très dure à rattraper. Alors autant bien faire les choses dès le début !

 

J’espère que cet article aura su répondre aux questions vous pouviez vous poser sur le débourrage. Et s’il vous a plu, pensez à vous abonner au blog, tout en bas dans le pied de page ! 😉 

 

Laure Souquet
Ostéopathe équine
equinessentiel(a)gmail.com


Photographe : Kevin Simonet
www.suismonobjectif.com

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