Une petite fille qui aimait les chevaux

par Équinessentiel dans Relation | 3 commentaires

Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, je vais vous conter une histoire. L’histoire d’une petite fille comme beaucoup d’autre, qui aimait les chevaux.

 

Cette histoire commence il y a des années de là, lorsqu’une petite fille d’à peine deux ans fait une rencontre qui va bouleverser sa vie entière. La rencontre d’une créature immense, magnifique et extraordinaire que les adultes nomment « Cheval ». Elle tombe immédiatement sous un charme dont elle ne se libérera jamais. Ce premier cheval qu’elle rencontre, elle s’en souvient encore bien des années plus tard, comme elle se souvient de tous les autres qui ont croisé sa route. Il s’appelle Brooklyn, il est bai, et il appartient à un voisin de ses parents qui s’arrête avec lui dans leur jardin lorsqu’il le sort en balade. Alors, il permet à la petite de le toucher, de se laisser toucher, et il la pose quelques instants sur son dos. Quelques instants magiques qui se gravent à jamais dans son cœur.

 

A partir de cette rencontre, elle n’a plus qu’une idée en tête et un mot à la bouche : « Cheval ». Comme ils ne peuvent en accueillir chez eux, ses parents remuent ciel et terre et finissent enfin par trouver, ce qui est très rare à l’époque, un poney club qui propose des cours à de jeunes enfants. Ainsi commence-t-elle l’équitation à l’âge de 4 ans. Dès lors, elle ne manque pas un seul cours jusqu’à ses 18 ans, qu’elle soit malade ou débordée de travail, et même si très vite ces leçons deviennent bien insuffisantes pour répondre à sa soif d’apprendre. Pendant toutes ces années, elle entend presque sans cesse les mêmes mots et expressions dans la bouche des enseignants : « plus de mains ! », « plus de jambes ! », « ta cravache !! »,  « c’est toi le chef, oblige-le à t’obéir ! « , « mate-le ! « . Mais les mots glissent sur elle comme glisse sa cravache sur la croupe des chevaux qu’elle monte : sans la toucher. Forcer les chevaux, ce n’est pas ce qu’elle veut. Au contraire. Ce qu’elle désire du plus profond de son cœur c’est les comprendre et percer ce qui est pour elle le plus grand des mystère. Apprendre à devenir l’amie des chevaux.

 

Alors chaque instant qu’elle ne passe pas en classe, elle le consacre à les observer et à lire. Anatomie, santé, comportement, tout ce qui concerne les chevaux l’intéresse. Et chaque occasion qui lui est donnée de passer un moment auprès d’eux est pour elle un précieux cadeau. Car peu à peu, elle apprend.

 

Adolescente, elle s’investit dans une association proche de chez elle qui offre une retraite à des chevaux que leurs propriétaires délaissent et prend quelques pensionnaires. Là, elle apprend que la maltraitance peut prendre de multiples formes et se cache parfois derrière de bien jolies apparences. Heureusement, elle fait aussi la rencontre d’une belle personne qui lui permet de passer plus de temps encore auprès de chevaux, qui vivent au pré cette fois, ce qui l’ouvre à un autre monde. 

 

Bien sûr, sa vocation est une évidence. Plus tard, elle soignera les chevaux, d’une façon ou d’une autre. Elle les soulagera des souffrances que les hommes infligent à leurs corps, à leurs cœurs et à leurs âmes, et elle les aidera à retrouver leur joie de vivre, leur force et leur liberté d’être. Alors une fois son bac en poche, elle entreprend des études d’ostéopathie équine, que bien d’autres formations suivront. Et parallèlement, elle travaille auprès des chevaux, cumulant autant d’expériences que possible à leurs côtés, à les soigner, à les préparer, à les travailler à pied ou montés. Et toujours cette même recherche la guide. Plutôt que de suivre les enseignements de professeurs, elle suit son cœur et son intuition, et les chevaux répondent à l’amour qu’elle leur voue. Souvent, on lui demande comment elle fait, lorsqu’avec elle les chevaux que d’autres craignent sont doux et sages. Toujours, elle répond la même chose : « Je les aime, et ils le sentent. »

 

Aujourd’hui, cette petite fille a grandi. Elle soigne des chevaux comme elle se l’était promis, avec plus de succès qu’elle n’aurait pu l’imaginer. Quatre d’entre eux ont rejoint sa famille et participent à son bonheur quotidien. Comme tout le monde, elle a traversé des épreuves et elle a changé. Pourtant, lorsqu’elle est aux côtés d’un cheval, elle est toujours cette petite fille qui désire si fort être son amie. Et rien ne la rend plus heureuse que d’y parvenir.

 

 

 

Depuis toute petite, lorsque j’approche un cheval, j’ai toujours la même joie au cœur, le même désir de lui laisser toute la place pour me montrer qui il est, la même délicieuse envie de me laisser toucher par son âme. J’écoute, j’observe, j’ouvre mon cœur, et je le laisse venir. Je le laisse venir à moi, et j’attends de comprendre ce dont il a besoin, ce que je peux être pour lui. Je ne lui demande pas d’être quoi que ce soit pour moi. Puisque c’est moi qui souhaite que nous nouions une relation, n’est-il pas normal que ce soit moi qui cherche à lui donner une raison de le souhaiter aussi ? 

Pour donner envie aux chevaux de passer du temps près de moi, ce que je leur offre, c’est mon calme, ma joie, un appui, une écoute, un langage que nous construisons peu à peu, et ma confiance. Je pense avoir trouvé la voie qui me convient car depuis bien longtemps tous ceux que je croise me donnent eux aussi facilement leur confiance. Peut-être simplement parce que je les aime pour ce qu’ils sont et pour qui ils sont.

Alors si on me demande comment faire pour améliorer sa relation avec un cheval, je suis parfois bien en peine de répondre. Car il n’existe pas de recette tout faite pour se faire un ami. Bien sûr, il y a des évidences que l’on peut décrire. Mais sans vous rencontrer, le cheval et vous, je ne peux vous dire ce qui bloque dans votre attitude intérieure, ni quelles sont les subtilités de la personnalité de votre cheval qui vous échappent. Je ne peux vous aider à mieux le comprendre que s’il m’est donné de le rencontrer. Une relation connecte deux êtres vivants dont chacun est en mouvement perpétuel, physiquement, émotionnellement, spirituellement. Elle doit donc être un équilibre dynamique entre ces deux êtres, qui pour rester reliés doivent s’adapter sans cesse à ce que l’autre devient et propose. Etre perpétuellement ouvert et à l’écoute, voilà le secret pour nouer de solides amitiés avec les chevaux.

 

Laure Souquet
equinessentiel(a)gmail.com 

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  1. Askaé

    Magnifique article, magnifique histoire ! Il n’y a rien de plus beau selon moi de soigner et d’écouter les animaux comme vous ! Je suis admirative de cette vie consacrée à eux. Je vous souhaite encore une longue et belle route à leurs côtés …

  2. Personnellement je pense que tout le monde n’est pas fait pour s’entendre avec son cheval, il faut comme tu le dis que ça vienne de très loin, une envie incompréhensible qui nous attire à lui.
    Il y a des choses que l’on voit sur un cheval dès le premier regard que l’on pose sur lui; alors que leur propriétaire ne le verront jamais car il ne le voit pas comme un cheval mais souvent comme une monture
    Mon 1er contact je l’ai eu aussi très jeune en camp de vacances avec mes parents, je voulais toujours aller les ‘ponaux » vu que on me reprenait toujours quand je disais que je voulais aller voir les ‘chevals’
    bonne fin d’année auprès de tes 4 équins

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