Prédateurs?

par Équinessentiel dans Relation | 12 commentaires

Certains pratiquants de l’équitation dite « éthologique » appuient une partie de leurs théories sur le fait que nous apparaissons aux chevaux comme des prédateurs. Notamment parce que nos yeux sont en position frontale et que nous avons tendance à nous déplacer droit vers l’animal que nous souhaitons rencontrer. De cette théorie découle toute une façon de se comporter pour « cacher » au cheval cette nature de prédateur qui est dite nôtre. Vous devez connaître ces techniques : cacher ses yeux au cheval, ne jamais le regarder dans les yeux, se diriger vers lui selon une trajectoire courbe en marquant des arrêts censés exprimer notre hésitation à nous porter au devant d’un éventuel danger à la manière d’une proie etc. Suivez-vous ces conseils? Vous paraissent-ils avisés? Pourquoi?

 

Effectivement, nous avons les yeux placés en position frontale et non latérale comme la majorité des proies, et notamment les chevaux. Sommes-nous pour autant des prédateurs? Je pense plutôt que nous partageons cette caractéristique avec les singes et autres primates, ce qui vous semble certainement plus qu’évident à présent que je l’énonce. Or, la plupart des primates sont frugivores et herbivores. Alors comment expliquer l’emplacement des yeux?

 

Savez-vous ce qui caractérise les primates? Leur pouce opposable. Une spécificité qui nous rend capable d’utiliser nos mains avec une grande précision et de manipuler des outils. La position frontale de nos yeux nous est nécessaire non pour traquer une proie mais pour voir avec précision ce que nous faisons avec nos mains! Tout simplement.

 

Enfant, quelle a été votre première réaction le jour où vous avez vu un lapin pour la première fois? Avez-vous eu envie de l’attraper pour le tuer et le manger ou plutôt pour lui faire un câlin? Etes-vous muni(e) de griffes ou de crocs acérés qui vous permette de tuer une proie puis de déchirer sa peau et de la manger? Etes-vous taillé pour la course ou le combat? Face à un animal ou une personne menaçante, éprouvez-vous l’envie de vous battre ou plutôt de fuir?

 

Nous,  humains, ne sommes pas armés pour nous battre, ni pour poursuivre et tuer une proie. Notre système digestif lui même n’est pas adapté à un  régime carnivore. Et surtout, nous retenons nos erreurs et suite à une blessure ou une situation vécue comme effrayante, nous avons peur par anticipation. Imaginez un loup qui reçoive une blessure d’un cerf et ne retourne plus jamais chasser de crainte d’être de nouveau blessé. Qu’adviendrait-il de lui? Il vaut bien mieux pour un prédateur qu’il n’apprenne pas de ses erreurs, contrairement à une proie qui a meilleur temps de bien se souvenir de chaque situation dangereuse qu’elle vit afin d’éviter de s’y retrouver! D’une façon générale, nous agissons comme des proies. Et si nous avons commencé à chasser, c’est par opportunisme, grâce aux armes que nous avons pu fabriquer. La chasse n’est donc pas une fonction qui nous définit.

 

Ce qui nous définit, en revanche, c’est notre capacité à modifier notre environnement, à saisir des objets, à en créer, et à interagir avec les autres êtres d’une façon unique. Nous pouvons notamment caresser, masser et soigner avec nos mains. Et les chevaux l’apprécient rapidement! C’est à nous qu’il appartient de leur montrer tous les avantages qu’ils peuvent trouver à échanger avec nous.

 

Croyez-vous réellement que les chevaux nous craignent parce que nous avons les yeux placés devant? Alors comment expliquez-vous que les animaux de la savane ne craignent les lionnes que lorsqu’elles sont en chasse et soient capables de passer près d’elles lorsqu’elles sont repues? A l’inverse, comment expliquez-vous que les chevaux aient si peur des ânes qui sont pourtant eux aussi des équidés et herbivores? En réalité, ce n’est pas la seule apparence d’un être qui trahit son degré de dangerosité. Ce sont avant tout les phéromones qu’il dégage, l’intention qu’il rayonne et sa façon d’être. Des phéromones, vous en sécrétez en permanence et elles sont porteuses d’informations sur lesquelles vous n’avez aucun pouvoir de modification. Les chevaux les sentent et savent les analyser, d’autant plus facilement que les nôtres et les leurs sont très proches. Elles leur communiquent à chaque instant votre état physiologiques comme émotionnel. Ils savent donc de source sure si vous êtes anxieux, en colère ou au contraire apaisé. Quant à votre intention, elle est perçue de façon intuitive par tout être qui se trouve près de vous. Quelle qu’elle soit, elle induit chez l’autre des modifications physiologiques instinctives. Par exemple, un jugement négatif sur une personne fait automatiquement augmenter son tonus musculaire. Si nous y réagissons, imaginez ce qu’il en est pour les chevaux! D’autant plus que nous avons au moins un trait commun aux prédateurs : notre capacité à focaliser sur un objectif. Quand nous voulons quelque chose, nous y mettons tant d’énergie que le cheval le ressent à des kilomètres! C’est en partie pour cela que vous ne pouvez pas cacher au cheval votre désir de l’attraper malgré votre licol dissimulé derrière votre dos. Voyez, notre apparence compte peu par rapport à la force de toutes ces informations que nous envoyons malgré nous!

 

Alors pour approcher un cheval et gagner sa confiance, c’est avant tout sur votre état intérieur qu’il faut travailler. Plutôt que de cacher vos yeux, d’éviter son regard, et de louvoyer jusqu’à lui, je vous conseille de vous ancrer, de vous centrer, et de vous présenter à lui dans une attitude calme, assurée et amicale. Apprenez aussi à lâcher l’objectif! Plus vous voudrez fort que le cheval fasse quelque chose, plus il aura envie de fuir. Contentez-vous de vivre l’instant, de lui proposer quelque chose et, quoi qu’il décide, qu’il vous suive ou non, n’y accordez pas d’importance. Restez simplement concentré sur l’amour que vous ressentez pour ce cheval, et sur la chance que vous avez de partager un moment avec lui. Sitôt que vous serez vraiment connecté et que vous aurez cessé de vouloir pour vous contenter de vivre l’échange, vous n’aurez plus qu’à penser pour que le cheval vous comprenne.

 

Laure Souquet
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  1. VINCENT Yvonne

    Tout à fait d’accord avec cet article. c’est sur notre état intérieur qu’il faut travailler ! C’est loin d’être simple mais le jeu en vaut la chandelle et c’est grâce à cela qu’on peut dire que le cheval est un animal merveilleux qui rend l’être humain meilleur ☺ tout une philosophie…
    Merci pour tous vos articles, toujours justes et vraiment très intéressants

  2. Raphaele

    Encore un bel article, plein de bon sens et de sagesse !!
    Laure, j’aimerais que le monde entier ait votre intelligence…
    Merci et bonne continuation !

  3. Pat

    Travailler son état intérieur me semble être une nécessité, trop de cavaliers ont une attitude de cowboy face à leur cheval et eurent le dominer. Ce n’est as en ayant une attitude de macho puéril que l’on peut espérer communiquer avec son cheval quoiqu’en pensent les émules de parelli.

  4. julie

    Chaque cheval a son caractère et leur approche est différente, en ce moment quand je sors de leur paddock mes trois chevaux pour les mettre à l’herbe, j’en ai un qui voudrait mettre son nez dans le licol avant que je l’ai décroché; le deuxième s’approche et attend de voir le trou du licol pour l’enfiler en baissant la tète pour que je l’accroche et le troisième reste à l’écart se fait attendre et ne fait aucun effort pour mettre son nez dans le licol.
    Mais je suis d’accord avec cet article quant à l’approche d’un cheval qui vit en pature et voit très peu l’homme, on peut passer des heures à vouloir l’approcher ; j’ai lu des articles où certains partent du principe que l’on doit faire fuir le cheval pour qu’il finisse par s’approcher de nous afin de se sentir tranquille… et ça me laisse septique

    • Il est évident qu’un cheval qui vous connait et a confiance en l’homme viendra et se laissera faire quelle que soit votre attitude. Par contre, plus vous pourrez travailler en conscience, plus il aura plaisir à vous suivre.
      Pour ce qui est des chevaux peu manipulés, l’approche se fait très vite si on sait entrer en communication avec eux. Et dès lors que notre langage leur est compréhensible, on installe vite une relation de confiance.

      Le principe dont vous parlez s’appelle le « join up ». Il repose sur l’idée qu’un jeune cheval qui manque de respect à un membre de son troupeau s’en voit chasser jusqu’à ce qu’il montre des signes de soumissions. L’idée est de reproduire la même chose avec un cheval afin qu’il accepte l’autorité du dresseur. Je n’utilise pas ce type de procédé que je trouve très stressant pour le cheval et peu approprié au type de relation que je désire nouer avec lui.

  5. Véronique Verheyden

    Nos yeux sont en position frontale parce que cela maximise la zone de vision binoculaire, ce qui permet d’évaluer avec précision les distances. Capital quand on se déplace dans les branches…

  6. denise

    Interessant !
    je connaissais les pheromones que l on emet et que le cheval ressent, mais il est bon de se le rappeler dans un contexte global

  7. Isabelle Drouin

    WOW! J’ai adoré vous lire. Je suis végétarienne depuis ma toute enfance et ce que je viens de lire, a confirmé bien des questions, je vous en remercie.

    Vous etes genial!

  8. Jean-Léo

    Petite erreur : nous somme parfaitement adapté à u régime carnivore, en faite c’est la cellulose qui est impossible à digérer pour l’humain. Les Inuits par exemple avaient un régime exclusivement carnivore avant l’arrivée des européens, à l’inverse aucun peuple était complètement végétarien, surtout avant l’agriculture. Et la réaction instinctive d’un enfant devant un petit animal qui bouge était en tous cas pour moi de l’attraper.

    • Certes, nous ne digérons pas la cellulose, mais elle est utile au bon fonctionnement de nos intestins. De plus, elle n’est pas l’unique composant des fruits et légumes, également riches en sucres qui permettent le fonctionnement de nos cellules. Les premiers Homo mangeaient essentiellement des végétaux, et la chasse ne s’est développée que plus tard, avec l’apparition des outils qui ont permis à nos ancêtres de passer outre leur absence de griffes ou crocs pour se battre et tuer.
      Avez-vous attrapé ce petit animal pour le dévorer à pleines dents? 🙂

      L’objet de cet article n’est pas de remettre en cause tel ou tel régime alimentaire, simplement de faire remarquer que l’homme n’a pas un physique de prédateur mais plus simplement de primate.

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