Le parage, une science exacte?

par Équinessentiel dans Pieds nus | 14 commentaires

Aujourd’hui, chaque publication concernant le pied nu du cheval provoque des réactions très vives. Chaque pratiquant de telle ou telle méthode la tient pour seule valable et la défend bec et ongles dans des discussions sans fin. Et vous, quelle méthode défendez-vous? Et pourquoi?

 

Des méthodes de parage, il en existe beaucoup : orthopédie, podologie selon la méthode de KC La Pierre, parage selon Strasser, Jaime Jackson, Pete Ramey, Pierre Enoff… Toutes ces méthodes présentes des différences, tant dans la théorie que dans la pratique. Certaines avancent que le poids est porté par la paroi, d’autres par la sole, d’autres par les deux… Que le rôle de pompe du pied est dû à la descente de P2 ou à la compression du coussinet plantaire. Certaines préconisent de toucher la sole, seulement la sole crayeuse, ou de ne pas la toucher du tout. De tailler la fourchette ou de ne surtout pas le faire. De faire un roll, sur tous les chevaux, sur certains, ou sur aucun.

 

Comment ces gens en sont-ils arrivés à mettre au point des théories et des méthodes de parage si différentes en partant d’un objet commun, à savoir le pied du cheval? Certains ont découpé des pieds de chevaux morts et on réalisé des tests de physique ou de biomécanique. D’accord, mais ces pieds étaient séparés du corps qu’ils mettent en mouvement. D’autres ont observé les pieds de mustangs morts. Bon, ça donne une idée pour les chevaux qui vivent dans un environnement de désert ou de montagne. A condition que ces mustangs ne soient pas morts de maladie sans quoi ils ne seraient pas de très bon exemples de pieds sains. D’autres ont observé des pieds de mustangs vivants. C’est déjà mieux mais même réserve sur l’environnement. D’autres ont tâtonné et fini par trouver une façon de faire qui leur semble réussir au plus grand nombre de chevaux. Intéressant. Et pour autant l’un d’entre eux détient-il la vérité absolue?

 

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Des centaines de chevaux sont parés chaque jour avec des méthodes différentes et s’en portent très bien. Comment est-ce possible? Comment un cheval peut-il marcher sur sa paroi et un autre sur sa sole et cela en étant tout aussi à leur l’aise l’un que l’autre? Et inversement, comment expliquer que tel pareur ait tant de clients alors qu’après son passage votre cheval est anormalement sensible? Tout simplement parce que chaque cheval a sa propre sensibilité, se déplace sur un certain type de terrain, a un certain type d’aplomb, est pieds nus depuis tant de temps, bref, chaque cheval est différent et réagit donc différemment au parage. Et tous les chevaux n’ont pas le même seuil de douleur. Alors pour savoir si un cheval est bien dans ses pieds, il ne suffit pas de se demander s’il a mal quand il marche. Parce qu’un cheval dont la sole est insuffisamment épaisse par exemple, sera sensible. Mais il se peut que cette étape soit simplement nécessaire au renforcement de sa sole. Ou il se peut que le pareur soit allé trop loin, ait trop coupé de sole ou de paroi. Et d’un autre côté, un cheval peut avoir très mal aux pieds et ne rien dire parce que telle est sa nature. La douleur n’est donc pas un bon critère, ou en tout cas elle ne doit pas être le seul critère. Pour savoir si un cheval est à l’aise dans ses pieds, il faut déjà attendre qu’il ne soit plus en période de transition, qui est souvent délicate pour lui. Ensuite, il faut l’observer sur le terrain sur lequel il vit tous les jours, sans quoi il est normal que son pied ne soit pas adapté au terrain. Il faut aussi tenir compte de ses éventuelles blessures qui pourraient modifier sa démarche. Regarder comment il pose son pied mais pas seulement. Il est important de considérer les tensions musculaires dont il peut souffrir, qui peuvent attester des efforts qu’il fait pour ne pas avoir mal en marchant ou en station debout. Et discriminer les tensions qui sont liées à la posture et celles qui viennent du stress ou du travail. Ensuite, il faut aussi juger de l’état de santé du pied. Et faire la différence entre la fragilité d’une structure due à une erreur de parage et son mauvais état dû à une carence dans l’alimentation, à un milieu trop agressif (urine ou traitements du sol…) ou à un mauvais état général ou une maladie.

 

Juger de l’adaptation d’une méthode de parage à un cheval particulier est donc un travail plus compliqué qu’il n’y paraît. Alors que dire de l’adaptation d’une méthode de parage à un ensemble de chevaux voire à tous les chevaux!

 

Quelle que soit sa façon de travailler, un bon pareur est celui qui se pose des questions, qui adapte son parage à chaque cas, quitte à sortir de ses habitudes pour un cheval qui le lui indique. C’est un pareur qui regarde au-delà du pied, l’état général du cheval et de sa musculature. Qui est ouvert à la discussion, parce qu’il sait qu’il ne détient pas la vérité absolue mais qu’il fait de son mieux pour le bien des chevaux. Un tel pareur mérite le respect, même si sa méthode n’est pas celle que vous connaissez ou que vous reconnaissez. Car tant que tout le monde ne sera pas d’accord sur une façon de faire, c’est que personne n’aura complètement raison ni complètement tord.

 

Et plutôt que de nous critiquer et de nous juger les uns les autres, soyons ouverts au dialogue, échangeons, expérimentons, observons les résultats, remettons-nous en cause. Nous pareurs, parlons de nos différentes théories et méthodes, expliquons-nous pourquoi nous pensons ainsi, partageons nos expériences avec les différents chevaux que nous rencontrons, faisons de vraies études de cas pour comparer nos théories et acceptons de modifier ce qui doit l’être si l’un d’entre nous apporte un élément qui nous parle. Nous ostéopathes, participons à ces études en comparant les tensions et blocages chez les chevaux parés de telle ou telle façon. Nous communicateurs, posons la questions aux plus directement concernés, à savoir aux chevaux. Nous qui travaillons les chevaux, apportons aussi nos observations sur leur locomotion, la souplesse de leurs allures, la sûreté de leurs pieds etc en fonction du parage. Et vous, propriétaires, laissez à votre pareur le temps de trouver l’équilibre le mieux adapté à votre cheval. Partagez avec lui ce que vous ressentez entre deux parages. Et cessons de nous juger les uns et les autres et surtout de décrier ceux qui font différemment de nous. Parce qu’ils ont aussi de bons résultats avec les chevaux qu’ils parent.

 

Alors qui que vous soyez, la prochaine fois que vous commenterez une photo d’un pied paré, j’espère que vous ne direz pas « ce n’est comme ça qu’il faut faire » mais que vous demanderez comment et pourquoi tel ou tel choix a été fait, pour mieux comprendre, pour découvrir une autre façon de faire ou de penser et peut-être, pour évoluer dans votre propre approche du parage.

 

 

Laure Souquet
laure.souquet@wanadoo.fr
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  1. elodie

    Bravo pour cette article plein de bon sens, ça fait du bien de lire un texte comme celui ci!!! 🙂

  2. Bon article Laure. Pour ma part, avec une quinzaine de chevaux au travail dans ma structure équestre, pas mal d’auto formation et d’observation, le bon parage s’appelle PRAGMATISME et selon pas mal de critères que tu as cité, c’est souvent la même réponse: Ca dépend!!! et rien n’est jamais figé ni acquis pour chaque cheval.

    • Exact! Le parage doit être adapté à chaque cheval, et à chaque fois, en fonction de l’évolution de ses pieds!

  3. joanne laframboise

    Je suis tellement d’accord avec vos observations

  4. Massart bruno

    D’abord ne pas nuire, respecter l’intégrité du cheval, Merci pour votre bon sens ,du Cheval .

  5. Volet Françoise

    Merci pour vos articles très intéressant et si vrai.

  6. huyghens

    Dans les méthodes tu oublies PEL qui essaye de répondre à toutes tes questions.Comment est-on sûr qu’un cheval est à l’aise en marchant sur sa sole ou sa paroi?
    Bien à toi et bonne année pour les chevaux.

    • Merci, bonne année à toi et à tous tes amis à 4 pattes!

      Je n’oublie pas la PEL. Simplement je n’ai pas cherché à être exhaustive! 😉

  7. Nikolic

    Bravo pour cet article très intéressant .

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