La nuque du cheval

par Équinessentiel dans Entraînement | 6 commentaires

La position de la tête du cheval monté est une obsession pour de nombreux cavaliers. Pour beaucoup, elle est la preuve de la mise en main du cheval, ou de son degré de rassembler. Y êtes-vous également attentif(ve)? Alors je vous donne de suite ma vision ostéopathique des choses, et je vous explique ce à quoi vous devez vraiment faire attention et pourquoi.

 

L’encolure dans son ensemble, et la nuque en particulier, ont un rôle très important chez le cheval, et il est primordial qu’elles soient mobiles et détendues pour son équilibre tant physique que psychique. Pour vous expliquer pourquoi, je dois passer par quelques notions d’anatomie.

 

L’encolure correspond à la partie cervicale de la colonne vertébrale, entre l’occiput (à la base du crâne) et la zone des épaules. Cela paraît évident, mais la situer de cette façon permet de bien se rendre compte du fait que c’est elle qui va faire le lien entre la tête et le reste du corps. La tête qui supporte les organes sensoriels (yeux, naseaux, bouche et oreilles) et qui abrite le cerveau ; le corps qui permet au cheval de réagir aux informations perçues par ces organes sensoriels et traitées par le cerveau.

 

La tête du cheval est donc en quelques sortes une de ses antennes sensorielles. Et que doit pouvoir faire une antenne pour être en mesure de tout capter correctement? Elle doit pouvoir s’orienter! Ce qui veut dire que pour bien appréhender son environnement, le cheval doit pouvoir bouger la tête et donc la nuque et toute l’encolure comme bon lui semble. Cette liberté de mouvement est essentielle à son équilibre psychologique. En effet, privé du droit de se renseigner lorsque quelque chose l’inquiète, le cheval stresse et monte en pression. Ne feriez-vous pas de même si on vous empêchait de tourner la tête lorsqu’un bruit attire votre attention? Et pourtant qu’avez-vous tendance à faire dans ce cas là, quand votre cheval stresse? Raccourcir les rênes, le plus souvent. Le cheval se retrouve alors soit nez au vent, une position instinctivement liée à l’état de peur et de fuite et qui entretient donc son stress. Soit nez dans le poitrail, incapable de regarder plus loin que le sol à ses pieds et encore plus coincé qu’au départ donc encore plus sous tension. Et oui, la position de la tête et de l’encolure du cheval varie avec son état psychologique mais l’inverse est vrai aussi! La meilleure position pour lui est donc celle où il a l’encolure détendue, à l’horizontale, et la nuque également détendue, chanfrein en avant de la verticale. Cette position correspond à son état naturel en l’absence d’alerte.

 

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Cela ne veut pas dire que cette position doive être conservée par le cheval tout au long de la séance! Par exemple, quand le cheval commence à travailler des airs tels que le piaffer ou le passage, il reporte fortement son poids sur l’arrière main et son encolure remonte donc, amenant son chanfrein à la verticale. Notez bien que c’est l’orientation de l’impulsion vers le haut et non plus vers l’avant qui fait monter l’encolure, et pas l’inverse, et que les mains n’ont absolument pas à tirer pour cela. Cette attitude est aussi une attitude naturelle, mais on ne l’observe que sur de très courtes périodes, lorsque le cheval démontre sa joie ou sa force aux autres chevaux. Ces exercices doivent donc aussi être demandés au cheval à pied ou monté sur de courtes périodes. Après avoir laissé exploser son expressivité dans un tel exercice, il faut lui autoriser le retour au calme par une longue pause encolure détendue. En baissant la tête, il retrouve ainsi rapidement son calme intérieur.

 

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La position de la tête ne gère pas seulement l’équilibre psychologique du cheval. Elle détermine aussi son équilibre au sens physique. Ceci notamment grâce aux muscles cervicaux et à la peau qui les recouvre. Muscles et peau sont parsemés de récepteurs proprioceptifs, c’est-à-dire de capteurs qui renseignent sur la position des différentes parties du corps dans l’espace ainsi que les unes par rapport aux autres. Les informations dites « proprioceptives » fournies par les muscles cervicaux et des mâchoires permettent de déterminer la position de la tête, ce qui constitue le point de départ du système d’équilibration du cheval. C’est ensuite d’après la position de la tête que sera déterminée celle du corps. ( Ce système est décrit plus en détails dans mon article sur la bouche du cheval, que je vous invite également à lire. )  Pour que les capteurs de la nuque et de l’encolure puissent recueillir les informations nécessaires au système d’équilibration du cheval, les muscles et la peau doivent être mobiles. En effets, ces récepteurs sont sensibles à la pression, aux vibrations, et aux étirements des fibres musculaires et tendineuses. Aussi, si les muscles sont contractés, ils ne bougent plus et les récepteurs ne peuvent plus fonctionner. Le cheval manque alors d’équilibre. Il en est de même pour vous. Demandez à une danseuse si elle pourrait danser avec une minerve! Elle vous répondra très certainement que c’est impossible, et ça l’est tout autant pour le cheval. Vous comprenez donc que pour que votre cheval soit bien dans sa tête et dans son corps, il doit avoir la nuque et l’encolure libres et détendues.

 

D’autant plus que les ligaments et les muscles de l’encolure participent aussi à la mise en mouvement du dos et des épaules du cheval. La colonne cervicale compte sept vertèbres, articulées entre elles et qui permettent des mouvements de flexion, d’extension, et de rotation. La première, l’atlas, s’articule avec l’occiput (un os du crâne) ; la dernière, C7, s’articule avec la première vertèbre thoracique, T1. Les cervicales sont rattachées au ligament nucal, qui prend fin sur les épineuses du garrot (c’est à dire les sommmets des vertèbres) à partir desquelles il se poursuit par le ligament supra-épineux, jusqu’au sacrum.

 

Ligaments de l'encolure du cheval

 

On comprend donc le lien étroit qui existe entre les positions de la tête, de l’encolure et du dos ( lire mon article sur le dos du cheval ). Toutes ces articulations sont mobilisées par de nombreux muscles qui donnent sa forme à l’encolure et permettent des mouvements de grande amplitude. Ils font aussi le lien entre la tête et les épaules, le poitrail et le dos.  Si ces muscles sont contractés, ils risquent de perturber la circulation des informations nerveuses commandant leur mouvement ou ceux d’autres muscles en aval. Ou bien ils peuvent pincer des nerfs, provoquant une douleur qui incitera le cheval à limiter le mouvement de la zone en souffrance. Les contractures ou tensions musculaires vont également réduire la vascularisation. Une mauvaise vascularisation limite l’approvisionnement des muscles en nutriments et oxygène et l’élimination des déchets produits par leur fonctionnement. Cela augmente les risques de courbatures, contractures et autres tensions musculaires. Et si les veines principales sont comprimées, la diminution du flux du retour veineux peut causer une surpression du sang au niveau de la tête, ce qui est l’une des origines possibles des migraines. Or ces migraines peuvent être la cause du headshaking  ou de la mauvaise humeur de certains chevaux lorsqu’il sont montés. Si votre cheval est concerné, pensez-y!

 

Pour finir, si le blocage d’une vertèbre entraîne le pincement des nerfs qui sortent à son niveau, les fonctions nerveuses correspondantes sont altérées, et de plus une douleur apparaît qui cause le verrouillage de la zone. Parce qu’il ne faut pas oublier que la colonne vertébrale protège la moelle épinière et participe donc à tous les échanges d’informations entre le cerveau et chaque partie du corps, muscle, organe, vaisseau sanguin, peau etc. Par exemple, un pincement des nerfs qui émergent de C1 ( la 1ère vertèbre cervicale ) est parfois la cause de problèmes de comportement.

 

Une nuque contractée c’est donc une multitude de problèmes possibles, du cheval qui chauffe au cheval qui encense en passant par celui qui refuse à l’obstacle et celui qui ne sait pas s’incurver. En résumé, une nuque décontractée est un préalable à tout exercice correct en équitation!

 

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Savez-vous comment l’obtenir?

 

D’abord en montrant régulièrement votre cheval à un ostéopathe qui saura s’assurer que tout son corps soit libre de bien fonctionner, et en veillant à ce que ses pieds soient correctement parés. En effet, comme je vous l’expliquerai dans un prochain article sur les aplombs, un cheval avec de mauvais pieds ne peut ni se tenir ni se mouvoir correctement et souffre donc de tensions musculaires, de douleurs et de blocages récurrents. Un bon suivi de la santé de votre cheval est donc la première garantie de la décontraction de sa nuque au travail.

 

Assurez-vous également que son harnachement soit bien adapté et ne le gêne pas au niveau de la tête ni de la mâchoire. Par exemple, une têtière ou u frontal trop serré causent des douleurs au cheval qui ne peut donc pas se décontracter. Quant à la muserolle, elle bloque le mouvement de la mâchoire de votre cheval et l’empêche donc de la décontracter, ainsi que sa nuque. En effet, comme je vous l’explique dans l’article sur la bouche du cheval, lorsque celui-ci tourne la tête d’un côté, sa mâchoire inférieure se décale dans le sens opposé. Si la muserolle rend ce mouvement impossible, des douleurs et des tensions s’installent dans l’articulation de la mâchoire et dans la nuque. Alors supprimez la muserolle et votre cheval vous en sera très reconnaissant!

 

Évidemment, vous devez porter une attention toute particulière à la nuque et à l’encolure dans votre équitation. Il vous appartient de  faire tout votre possible pour qu’elles ne soient pas figées ou contractées au travail. Car un cheval qui s’appuie sur son mors ou dont l’angle tête encolure est maintenu trop fermé est obligé de contracter les muscles de son encolure pour résister à la tension des rênes ou garder la position. De même pour un cheval qui est travaillé trop longtemps en extension d’encolure. L’objectif doit donc être de permettre au cheval de trouver lui même une position de tête et d’encolure qui lui soit confortable. L’essentiel est qu’il ne porte pas la tête en l’air et le dos creux et qu’à l’inverse il ne se laisse pas tomber sur les épaules et sur son mors. L’une comme l’autre de ces solutions sont des formes de défense contre la main. Si votre cheval les adopte, vous devez donc lui apprendre à avoir un meilleur rapport avec la main, à reprendre confiance en elle et donc en vous.

 

Dans les deux cas, quelques exercices simples avant de monter puis en selle peuvent vous aider à rééduquer votre cheval.

 

Avant de monter, commencez pas détendre la mâchoire et la nuque de votre cheval à pied. Ces exercices peuvent se faire avec ou sans mors. Sans mors, vous encouragez la mastication en glissant un doigt au niveau des barres. Avec mors, vous la stimulez grâce à celui-ci.

 

En premier lieu, testez la capacité d’extension et de flexion de la nuque de votre cheval. Proposez-lui un étirement dans le sens où il va le mieux, tout en l’encourageant à mastiquer. Maintenez la position le temps qu’il se détende et relâchez. Vous pouvez le proposer deux ou trois fois avant de faire de même dans l’autre sens. Faites bien attention à ne rien imposer et à être très doux et progressif dans vos geste. N’oubliez pas que vous cherchez à détendre votre cheval, pas à le braquer! Mettez-vous à sa place : si on vous mobilisait ainsi la nuque, vous seriez plus détendu(e) entre les mains d’une personne douce, n’est-ce pas? Ceci fait, testez la capacité de flexion de la nuque de votre cheval à gauche et à droite. Procédez de la même façon qu’en flexion et extension. A la fin de ces exercices, la nuque et la mâchoire de votre cheval sont bien détendues et il devrait bailler abondamment!

 

Nuque cheval

 

Une fois la nuque de votre cheval détendue, vous devez lui expliquer qu’il peut conserver cette décontraction dans le travail. Comment? En lui apprenant à décontracter sa nuque à la demande de votre main. Pour cela, à pied à côté de votre cheval, fermez la main sur les rênes, et attendez qu’il cède dans sa nuque. Dès qu’il cède et se décontracte, lâchez. Une fois que votre cheval a bien compris à pied, mettez vous en selle et demandez la même chose à cheval. Commencez par vous détendre vous même, et respirez calmement. Fermez les doigts sur les rênes, et dès que le cheval cède, lâchez. S’il a tendance à se creuser et à lever la tête, attendez qu’il plie la nuque et baisse la tête. S’il tend à peser sur son mors, attendez qu’il porte sa tête de lui même et détende sa mâchoire. Il est important que vous relâchiez complètement toute tension et lui accordiez une longue pause lorsqu’il se détend. C’est grâce à cette récompense qu’il comprendra ce que vous attendez de lui! Et n’oubliez pas de sourire : chaque moment que vous passez avec votre cheval doit être un moment de calme et de joie pour vous deux.

 

Quand c’est acquis à l’arrêt, faîtes de même au pas, au trot puis au galop. Dans ce cas, la pause se fait dans le mouvement : vous relâchez toute tension et laissez le cheval marcher, trotter ou galoper un instant sans rien lui demander d’autre. Avec un grand sourire, qu’il ressentira dans tout son corps grâce à la détente du vôtre! Votre cheval comprendra très vite que vous souhaitez le voir décontracté. Et ça ira d’autant plus vite qu’il y trouvera son confort!

 

Si ces exercices vous semblent difficiles, nous pourrons les pratiquer ensemble lors de votre prochaine séance, et vous verrez tout le bien qu’il feront à votre cheval. 

 

Laure Souquet
laure.souquet@wanadoo.fr
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  1. Lieval

    Magnifique article, merci beaucoup.

  2. Marie-Laure Gervalle

    Bonjour,

    Merci pour votre précieux enseignement et vos nombreux conseils !

    Belle journée

    M-L

  3. Margot

    Article très intéressant. Difficile parfois de garder sa propre décontraction quand notre cheval peine à se décontracter. Dès lors on se crispe, on se durcit, et c’est un cercle vicieux, le cheval le ressent et se crispe davantage… Souvent on se rend compte APRES une mauvaise séance que l’on aurait dû être plus attentifs à nous-même et à la décontraction plutôt qu’à l’exercice. Donc c’est un bon petit rappel à l’ordre pour tout cavalier. Les exercices à pied sont intéressants aussi, je vais essayer.

    • Vous verrez que ces exercices seront très profitables à votre cheval. Pensez aussi à vous étirer vous même!

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