Les juments, ces entières

par Équinessentiel dans Chevaux | 21 commentaires

En France, le cheval entier passe pour un animal dangereux et incontrôlable. On opte donc souvent pour la castration. Pourtant, en matière de reproduction, les instincts des juments sont souvent bien plus forts que ceux des mâles.

 

En effet, dans la nature, tous les entiers ne fondent pas de famille. Celui qui en veut une doit souvent se battre pour récupérer le harem d’un autre ou pour protéger le sien. Aussi, un bon nombre d’entre eux ne reproduisent jamais. Ils savent donc accepter la frustration dans la mesure où ils ont pu se mesurer à un autre et ont perdu. Ils acceptent alors la défaite et s’écartent des juments jusqu’à leur prochaine tentative. C’est un processus naturel qui ne pose généralement pas de problème si on le laisse se dérouler comme il faut et dans un espace suffisamment vaste.

 

Par contre, toutes les juments sont faites pour être mères. Ce qui signifie qu’elles ont toutes des chaleurs, plus ou moins voyantes, certes, mais présentes. Et pendant cette période de mars à septembre pendant laquelle elles sont soumises à ces cycles, chaque retour des chaleurs s’accompagne d’un intense désir de procréation. On en voit donc beaucoup venir émoustiller les mâles, leur dévoilant leur vulve ouverte et clapotante et les échauffant par de nombreux jets d’urine fortement chargée en phéromones. Et contrairement aux mâles, les juments en sont pas faites pour vivre la frustration de la non satisfaction de leurs désirs sexuels et de reproduction. Elles n’abandonnent donc jamais.

 

C’est la raison pour laquelle, bien que ceux qui ne les connaissent pas accusent souvent les entiers d’être des fauves brisant les clôtures pour aller copuler, c’est bien loin d’être la réalité. Certes, un entier chauffé par les chaleurs d’une jument peut passer des heures à longer la clôture qui les sépare, suant sang et eau et maigrissant à vue d’œil. Mais il je n’en ai jamais vu briser de clôtures pour autant. Je ne dis pas que c’est impossible, mais que c’est bien moins courant qu’on ne le pense. De plus, dès lors qu’elles ne sont pas directement sous son nez, il oublie les juments et retourne à sa paisible vie de cheval. Le véritable danger lorsqu’on héberge un entier, ce dont il faut se méfier à tout prix, ce sont les juments. Tous les gens de chevaux le savent, les juments sont prêtes à tout pour procréer. Elles sont parfaitement capables de briser des clôtures et de parcourir des kilomètres pour venir trouver un entier qui puisse les saillir. Et je parle en connaissance de causes, pour en avoir plusieurs fois trouvé devant les clôtures des prés de mes entiers, voire même à l’intérieur. Il est donc largement aussi injuste de laisser un entier sous le nez d’une jument que de laisser une jument sous le nez d’un entier s’il ne leur est pas permis de se rencontrer. La nature a créé les juments pour qu’elles se reproduisent, et cet instinct est fortement ancré en elles. Ne pas en tenir compte, c’est négliger une importante réalité qui fait partie d’elles.

 

 

Si vous êtes propriétaire d’une jument, vous avez donc largement autant de responsabilités que ceux qui ont un entier. Vous devez vous assurer que votre jument n’ira pas en aguicher un, parce que si elle trouve un moyen de le rejoindre, vous serez responsable de ce qui s’ensuivra. A savoir, un combat entre les mâles s’ils sont plusieurs, des blessures parfois graves que votre jument pourra leur infliger s’ils se montrent un peu trop entreprenants à son goût, et sa saillie éventuelle. Détenir des juments dans des prés aux clôtures défaillantes, mal entretenues ou insuffisantes à les retenir est donc une mise en danger des juments, des mâles aux alentours, et qui plus est, des automobilistes qui pourraient les trouver sur leur route si elles sortent. Je pense qu’il serait temps que l’on remette les choses à leur juste place. Le propriétaire d’un entier n’est pas un irresponsable mettant les autres en danger. Les responsabilités sont à partager. Chacun est responsable de son propre cheval, quel que soit son sexe!

 

Au delà de ces considérations juridico civiques, il faut bien comprendre que les chaleurs ont des conséquences importantes chez les juments. Une jument détenue dans une écurie où des entiers sont présents, si elle ne reproduit pas, est excitée en permanence. Or, les chaleurs sont régulées par l’épiphyse et l’hypophyse. Elles dépendent donc de la durée des journées mais aussi de la présence de mâles à proximité. Une jument vivant dans ces conditions peut donc présenter des chaleurs presque ininterrompues.  Cela la fatigue car elle se maintient dans un état de vigilance constante et parce que son organisme se tient prêt à accueillir un fœtus à tout instant. Elle est en plus obnubilée par la présence des mâles et de ce fait peu attentive et presque indisponible pour quoi que ce soit d’autre. Notamment sa relation et son travail avec vous. Cela peut la rendre dangereuse. En tant qu’ostéopathe, je sais mieux que personne combien une jument peut être dangereuse à la manipulation. On me demande parfois si j’accepte de soigner les entiers. Je réponds toujours qu’à partir du moment où j’accepte de soigner les juments, je ne vois aucune raison de refuser de soigner les entiers. Un entier, tant que vous n’êtes pas entre une jument et lui, ou entre un rival et lui, est rarement dangereux. Le principal problème que vous pouvez rencontrer est la mauvaise habitude qu’ils ont souvent de mordre ou de le tenter. C’est assez rapide à régler. Pour le reste, ils est facile de leur expliquer calmement votre limite et ils sont vite calmes et attentifs. Peut être aussi parce que dans la nature c’est la jument qui leur impose ses règles lorsqu’ils veulent l’approcher. Ils sont donc faits pour se montrer disciplinés et attentifs à l’autre. Par contre, une jument est habituée à décider du contact. Ses chaleurs ou problèmes ovariens éventuels pouvant lui causer d’importantes douleurs ainsi qu’une grande sensibilité sur toute l’arrière main voire dans tout le corps, elle se montre alors très chatouilleuse et prompte à taper, mordre, parfois les deux à la fois, ou bien même se cabrer. Je suis donc toujours très prudente avec une jument. Et je prête toujours attention à son équilibre hormonal et à la santé de ses ovaires. De votre côté,  vous devez en tenir compte vous aussi. Lorsque les ovaires d’une jument la font souffrir et que vous la montez, vous lui faites mal dès que vous reculez la jambe vers ses hanches par exemple. Ce que vous devez évidemment éviter. Vous devez comprendre que son état hormonal influe sur son caractère et sur son état physique. Elle est entière, et cette réalité n’est pas négligeable. A vous donc de lui offrir une vie loin des tentations inutiles et de vous montrer attentifs à son comportement, qui vous renseigne le mieux sur les fluctuations de ses hormones. 

 

L’avantage des mâles, c’est que si l’on ne peut leur offrir une vie de reproducteur ni les tenir éloignés des juments pour les soustraire à la frustration, on peut les castrer. C’est parfois une solution préférable pour eux. Par contre, il est rare que l’on stérilise une jument. La raison en est simple : la castration d’un mâle est une opération rapide qui ne nécessite d’ouvrir que le scrotum. Mais stériliser une jument demande une opération en clinique bien plus complexe et invasive. On n’y recourt donc qu’en cas de gros problèmes ovariens, et cela reste très rare. Si toutefois votre jument est forcée de vivre dans une écurie avec des entiers ou des hongres auxquels elle est sensible, il est possible de supprimer ses chaleurs grâce à des produits, naturels ou non. Mais vous devrez lui en donner pendant toute la période des chaleurs, voire même plus, car une jument excitée par la présence d’un mâle peut déclencher des chaleurs à n’importe quelle période de l’année. Cela peut se révéler astreignant et relativement cher. 

 

Voyez, avoir une jument ne s’improvise pas. Cela demande quelques connaissances et attentions pour ne pas passer à côté de quelque chose d’important qui puisse la faire souffrir. Et sa force de caractère n’est pas à négliger. Après tout, elle est entière.

 

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Laure Souquet
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  1. John

    Merci pour ces commentaires, étant l’heureux propriétaire d’un entier, je ne peux qu’approuver.
    Moyennant quelques précautions que j’appellerais élémentaires, ils sont très facile à vivre et les propriétaires ou cavaliers de juments devraient être beaucoup moins  » bisounours  » avec leurs montures pour le bien-être aussi bien des chevaux que de ceux qui les côtoient.
    Bonne journée et bravo pour vos articles toujours très intéressants.

    • Merci!
      Je pense en effet que nous devons tous trouver un équilibre dans notre gestion des chevaux : ne les prendre ni pour des monstres ni pour des anges quel que soit leur sexe, mais simplement pour ce qu’ils sont. Des animaux de 500kg avec les mêmes instincts basiques que les autres.

  2. Requier

    Super article! J’ai une jument et j’ai déjà eu l’occasion de voir son côté « entier »!!!

  3. Challe Nathalie

    Merci pour votre partage d’info cela m’a appris bcp vu que j’ai une jument.Elle a déjà eut des poulains dans le passé est ce que les réactions dû aux chaleurs que vs décrivez restent inchangées?

    • Bonjour
      Une jument qui a pouliné présente souvent un fort désir, d’autant plus qu’elle sait ce qu’elle cherche. Après, tout dépend de chacune d’elles.

  4. dhersin

    merci beaucoup pour ce magnifique site

  5. Jess175

    Enfin un défenseur des entiers ouf !!! Merci ! J’ai moi-même deux étalons qui vivent parfaitement bien ensemble et qui ne sont pas dangereux pour un sous !!! Le problème des entiers comme des chevaux bien souvent c’est les humains !!!
    Bref merci pour cet article

  6. Annie

    Super ! Merci et vous avez raison !

  7. Merci je viens d’avoir une jument est je n’ai pas pensé à cette situation vous m’avez rendu service à moi est ma jument Beverly.

  8. Blandamour

    Super ! Merci j ai appris des choses indispensables lorsqu’ on possède une jument !

  9. Cheez

    Article très intéressant dans lequel je ne retrouve absolument pas le profil de ma ponette. Jamais été très fan des juments (à cause de leur caractère justement, d’ailleurs, je suis maréchale-ferrant et me méfie également bien plus de ces mesdames que de leurs homologues entiers), j’ai un cheval de trait hongre et suis un peu tombée par hasard sur cette ponette de compagnie qui me comble de bonheur. Elle n’a jamais manifesté de chaleur (ou alors discrète au possible, mais jamais vu), a un caractère des plus stables, en toute circonstance (un caractère de poney quand même, mais pas de fille). Une fois, sa pâture était mitoyenne de celle de deux poneys dont un entier. Elle l’a reniflé à travers un grillage plus que douteux niveau solidité, lui a pissé à la tronche une seule et unique fois, et ça en est resté là. Ni le mâle, ni elle n’ont jamais cherché plus loin, alors que son proprio me contait ses péripéties lors de voisinage d’autres juments. Ce petit entier était régulièrement mis dans ma pâture (par une chère petite voisine…) et rien non plus, ignorance la plus totale (à mon grand soulagement). J’ai depuis peu intégré un nouveau poney hongre à mon binôme et elle lui a d’abord fait la misère (comme un merdeux et pas comme une pisseuse) pour ensuite retrouver la quiétude de la vie en groupe. Toujours sans effusion d’hormones. Aurais-je un cas à part ou toutes les juments ne sont-elles pas forcément faites pour se reproduire à tout prix? (comme chez les humains en fait ^^ )
    (désolée pour le pavé…)

    • Et bien fort heureusement certaines juments sont moins insistantes que d’autres. Et votre récit illustre parfaitement que l’excitation de l’entier est proportionnelle à celle de la jument! Votre ponette ne le chauffant pas, celui qui pourtant se montre fort intéressé par d’autres reste calme à côté d’elle. Vous avez la chance d’avoir une jument équilibrée et bien dans sa vie.

      • Cheez

        Merci pour cet éclaircissement!

  10. Aude Richard

    Très bon article !! J’ai une jument depuis 10 ans qui est assez peu sensible durant ses chaleurs, manipulable de partout (mamelles comprises), plutôt très « cool » dans sa tête et pas « pisseuse » pour un sou même si elle a tout de même un bon petit caractère… donc je n’étais pas très habitué aux vrais juments.
    Depuis 2 ans nous avons une autre jument qui est elle vraiment sensible et très ovarienne. Pas de chaleurs très visibles mais elle fouette beaucoup de la queue, ultra sensible aux jambes (à botter si on met la jambe en période de chaleurs), raide dans le dos et les reins en sortie de boxe, couineuse et parfois agressive avec les autre chevaux, impossible à brosser au niveau des grassets (ou bien en évitant le coup de postérieur)… Une vraie de vraie !! je précise qu’elle est à jour ostéo et soins véto 🙂
    Comme mentionné dans l’article, c’est évidemment à moi de faire attention aux contact avec les autres chevaux pour éviter les incidents.. Elle est en revanche bcp plus calme avec les hongres avec lesquels je peux marcher en botte à botte sans soucis.
    Du coup nous lui donnons de l’ovary Stab (produit à base de plantes qui régule les cycles et l’humeur des juments ovariennes) mais en continu toute l’année. Ca m’a vraiment changé la vie et la sienne surtout au niveau du travail car elle ne botte plus à la jambe et est moins sensible et moins raide…
    Bref, je ne peux qu’approuver cet article qui résume bien le comportement de la majorité des juments.. Effectivement les hongres restent souvent les chevaux avec un caractère plus doux qui les rend plus disponibles au travail.. après je connais un entier qui est monté par des ados tellement il est gentil et pas chaud du tout… il se fiche totalement des juments bien qu’il parte tous les ans quelques mois pour une saison de monte.

    • Il y a un certain nombre d’entiers qui sont ainsi, comme il y a des juments comme votre première qui ne montrent aucun changement de comportement au moment des chaleurs. C’est une chance pour eux et leurs propriétaires!

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