Les chevaux ne sont pas des bisounours!

par Équinessentiel dans Chevaux | 9 commentaires

Les chevaux, on les aime, on les adore, et on les chouchoute. Pour autant, il ne faut pas oublier qu’ils sont loin d’être des bisounours! Quels que soient leur race, leur sexe ou leur âge, les chevaux sont capables de se montrer agressifs entre eux. Cela peut même conduire à des accidents plus ou moins grave. L’oublier, c’est prendre le risque de laisser s’installer des situations potentiellement dangereuses pour eux. Comment l’éviter? En respectant au mieux leur nature et leurs besoins, en aménageant leur environnement pour limiter les risques et en restant attentif à leurs interactions qui évoluent de jour en jour.

 

L’un des principaux problèmes que nous avons dans notre gestion des chevaux, c’est l’anthropomorphisme. C’est à dire notre propension à interpréter leur comportement en fonction du nôtre. Ce travers nous pousse parfois à commettre des erreurs de jugement ou à ne pas prêter une attention suffisante à certains détails. Ce dont vous devez prendre conscience, c’est que les chevaux ne sont pas des êtres « civilisés » que l’on peut raisonner par la communication intuitive ou quelque autre moyen en cas de problèmes d’agressivité. Ce sont des animaux qui agissent en suivant leur instinct, dont la vie en communauté est régie par des règles que tous doivent suivre, et qui peuvent nouer des amitiés très fortes comme ils peuvent ne jamais s’entendre. Ils sont faits pour vivre en troupeau et c’est même indispensable à leur bien être et à leur épanouissement. Seulement, dans la nature ils choisissaient leurs troupeaux et évoluaient sur des terres immenses. Alors qu’aujourd’hui, chez nous au moins, ils sont forcés de vivre dans des groupes que nous leur imposons et dans des espaces réduits. C’est pour eux un facteur de stress, surtout dans certaines circonstances. Aussi, si vous voulez éviter les réactions agressives dans un groupe, voici quelques règles de base à appliquer.

 

Tout d’abord, il est important de comprendre ce qui déclenche l’agressivité chez un cheval. Naturellement, un cheval est plutôt pacifique, ne serait-ce que parce qu’il est une proie et qu’une proie blessée est peu performante lorsqu’il s’agit de fuir. C’est aussi pour cette raison que les chevaux ne s’infligent normalement pas de graves blessures. Même entre entiers, les combats résultent souvent par des morsures superficielles. Là où ça se complique, c’est quand on est met des fers aux pieds des chevaux. Parce que s’ils savent parfaitement doser leur force, ils ne savent pas prendre en compte ces morceaux de métal lourds et dangereux qui peuvent rendre leurs coups mortels. Je dirais que si l’on veut éviter les problèmes, la première chose à faire est de déferrer  son cheval et de refuser qu’il vive avec des congénères ferrés, fussent-ils vieux et « gentils ». Et une jambe cassée, c’est souvent la fin pour un cheval. Ceci étant dit, pourquoi ces animaux pacifiques peuvent-ils se montrer agressifs entre eux? Tout simplement pour les mêmes raisons que tous les autres animaux, nous compris. Lorsqu’ils sont en situation de concurrence pour l’accès à une ressource. C’est bien naturel, n’est-ce pas? Regardez ce qui se passe autour de vous et dans le monde et vous le découvrirez partout. Les chevaux n’échappent pas à la règle. Ils veillent à leur survie. Cela fait partie de la nature et de leur nature, que vous le vouliez ou non. La nature n’est pas un paradis de douceur et d’amour. Elle peut parfois se montrer violente et il est illusoire de penser qu’une espèce quelconque puisse ne pas en être capable.

 

Aussi, si vous souhaitez que votre cheval se sente bien dans son groupe, vous devez faire en sorte qu’il n’ait aucune raison de se battre pour accéder à quoi que ce soit. Parce que se montrer agressif ou subir l’agressivité d’un autre n’est jamais agréable pour un cheval. Cela commence donc par éviter de mettre les mâles en compétition pour des femelles. Les entiers, bien sûr, risquent de se battre entre eux si une jument est mise dans le troupeau, ce qui doit donc être évité à tout pris dans l’hypothèse où on souhaite éviter les combats et où l’espace soit trop réduit pour permettre à chaque groupe de faire sa vie de son côté. Mais cela s’observe aussi régulièrement chez les hongres. Si l’un d’eux entreprend de s’approprier une ou toutes les juments du troupeau, il se montrera agressif avec les autres hongres qui s’en approcheront. Dans ce cas, comme pour un entier, il vaut mieux le laisser seul avec sa ou ses juments, à moins que le terrain ne soit suffisamment grand pour qu’il puisse s’isoler avec elle(s). C’est une question de bon sens, ne trouvez-vous pas? La première raison pour laquelle les animaux se mettent en compétition est la reproduction.

 

La deuxième raison, bien naturelle elle aussi, est la nourriture! En effet, la nourriture étant nécessaire à la survie, si elle vient à manquer ou se trouve difficile d’accès, même des chevaux qui s’entendent bien par ailleurs peuvent se montrer agressif l’un avec l’autre pour être prioritaire pour se nourrir. A la belle saison et aussi longtemps que les chevaux peuvent brouter, il n’y a jamais de problème. Par contre, les conflits peuvent intervenir dès lors qu’ils ont faim et qu’on dispose par exemple du foin dans le pré. Le plus dangereux est bien sûr la balle de foin unique. Car tous les chevaux doivent alors accepter de manger ensemble, et ce n’est pas toujours évident. Coups et morsures peuvent être échangés, et un cheval plus faible que les autres peut être empêché de se nourrir. Ces comportements violents ont également souvent lieu lors de la distribution de concentrés ou, pire, de friandises. On voit alors des chevaux se jeter sur les autres toutes dents dehors pour les mordre et les éloigner des friandises ou de la personne qui les distribue. C’est dangereux pour les autres chevaux comme pour les humains qui se trouvent au milieu. C’est l’une des raisons pour lesquelles je vous conseille fortement de ne jamais procéder à une distribution de friandises au milieu d’un troupeau de chevaux, et à plus forte raison si vous les connaissez pas ou si vous savez que cela déclenchera ce type de comportements. Donc, n’optez pas pour un point de nourrissage unique mais préférez de multiples filets à foin, par exemple. L’idéal est d’en avoir au moins un par cheval. Ainsi, les chevaux peuvent tourner d’un filet à l’autre et dans tous les cas le moins capable de s’imposer peut toujours manger. Cela réduit le stress et l’agressivité entre chevaux tout en les encourager à bouger davantage. Quant aux fruits ou légumes que vous voulez leur donner, plutôt que de le faire à la main ou de les répandre entre eux quand ils sont autour de vous, vous pouvez en disposer quelques uns de part et d’autre du pré sans qu’ils le remarquent. Ainsi, ils les trouvent par hasard et ne s’excitent pas. Vous verrez que si vous prêtez attention à ne pas susciter d’occasions de compétition, vous aurez bien plus de chances de voir vos chevaux calmes et sereins.

 

Bien entendu, il restera toujours les intégrations pour faire ressortir l’agressivité entre chevaux. Lorsqu’un nouveau venu est intégré à un groupe de chevaux, il est d’abord mis à l’écart par ses membres. Ceci pour lui signifier qu’il doit accepter les règles du groupe s’il veut s’y intégrer. Cela peut être l’occasion de poursuites, de coups ou de morsures si le nouveau se montre trop insistant. Ce qui peut arriver avec un cheval peu sociabilisé, qui a par exemple vécu longtemps en box sans véritables interactions avec ses congénères. Si le cheval que vous intégrez est dans ce cas, il peut être intéressant de procéder à une intégration progressive, en le mettant d’abord dans un parc proche des autres mais hors de portée de naseaux, puis en réduisant la distance séparant les prés avant de retirer les clôtures. Cela permet de tenir artificiellement ce nouvel arrivant à l’écart du troupeau, le temps qu’il fasse partie du paysage. Puis, les autres peuvent venir lui dire bonjour et s’en retourner plus loin sans qu’il puisse les suivre. En gros, on l’oblige à suivre les règles. Et lorsque qu’il n’y a plus d’excitation, les clôtures sont ouvertes et la véritable rencontre a lieu dans un plus grand calme. Cela n’évite pas les petites blessures mais les réduit beaucoup!

 

Enfin, il y a une dernière situation à laquelle vous devez être particulièrement attentif(ve). Un cheval boiteux, malade ou blessé est vulnérable. C’est à dire qu’il ne peut pas fuir ou se pousser quand un autre cheval le lui impose. Il est rare que cela pose problème mais si cela arrive ce peut être grave. De plus,  dans la nature un cheval blessé est mis à l’écart du troupeau pour en éloigner les prédateurs. Et même si cela fait bien longtemps que nos chevaux n’ont plus rien à fuir, certains peuvent encore réagir ainsi face à un congénère peinant à se déplacer. Cela peut mener à des réactions violentes. Faites donc toujours attention au comportement des autres chevaux quand l’un est blessé. Et vérifiez bien qu’il ne présente pas davantage de traces de morsures ou de coups que d’ordinaire. Ainsi, si vous avez le moindre doute, vous pourrez de suite le protéger en le tenant pour un temps à l’écart des autres.

 

Si vous vous montrez vigilante(e) dans ces différentes situations, vous serez à même de limiter efficacement les risques d’agressivité entre les différents membres d’un groupe de chevaux. Pour autant, il restera toujours des cas où vous ne comprendrez pas tout et où certains chevaux continueront de se montrer violent l’un avec l’autre. Préférez alors les séparer. Et, au cas où, faites toujours en sorte que l’environnement des chevaux ne présente pas d’angles, de culs de sacs ni de bâtiments où l’un d’eux puisse se faire coincer. C’est toujours quand un cheval se trouve dans l’incapacité de fuir ou de s’écarter d’un autre qui le lui demande qu’il risque de se faire gravement blesser ou de prendre une décision telle que se jeter dans les clôtures.

 

Dans tous les cas, que vous vous sentiez ou non concerné(e) par cet article, je vous encourage vivement à ne pas négliger ces conseils. Même si aujourd’hui votre cheval s’entend bien avec ses compagnon, ça pourrait ne pas durer toujours. Leurs interactions évoluent au fil des jours et avec les modifications de leur environnement et de leurs conditions de vie. Je travaille avec des chevaux depuis des années. A vrai dire je n’ai jamais fait que ça! J’en ai aussi. Et j’en rencontre chaque jour. J’ai donc vu et je vois tous les jours des tas de choses, des tas de situations, des tas de blessures et de cicatrices, des tas d’agressions, et des tas d’accidents. Qui d’ailleurs ne concernent pas que des chevaux entre eux mais peuvent aussi impliquer des humains. Cela sera le sujet d’un prochain article!

 

La dernière chose sur laquelle je voudrais attirer votre attention, c’est que les chevaux qui se montrent agressifs le font toujours pour une bonne raison mais jamais par méchanceté. Ne leur en voulez pas. N’en voulez pas à votre cheval s’il en blesse un autre, et n’en voulez pas à celui qui blesserait le vôtre. Un cheval est un animal qui se laisse guider par son instinct et qui agit selon les règles de conduite propres à son espèce. Il ne fait rien pour nuire à qui que ce soit. Cherchez la raison, éliminez la cause du comportement, et tachez de ne pas laisser la même situation se reproduire à l’avenir. Nos chevaux ont leur propre vie à vivre, leurs propres expériences à faire. Nous ne pouvons pas les protéger de tout. Ni d’eux mêmes. Nous pouvons seulement faire de notre mieux. Et ça par contre, c’est notre devoir. Prendre en compte les risques et faire au mieux pour les réduire en fait partie.

 

Laure Souquet
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  1. Marie-France

    J adore tous vos articles.On apprends beaucoup meme si ca fait longtemps que nous avons des chevaux.

  2. VINCENT Yvonne

    Très juste !
    Merci pour cet article qui a beaucoup de bon sens

  3. Isabelle Drouin

    WOW! J’ai adoré. Vraiment, vraiment interessant. Merci

  4. Giboulee

    Ça paraît tellement évident !!!!….quand on le lit….!!!! Merci d’ avoir abordé ces aspects là. C’ est tellement important et à la portée de tous.super article !

    • Merci! 🙂 Il me paraissait important de rappeler quelques règles de prudence élémentaire qu’il est facile d’oublier dans la vie quotidienne!

  5. Julie

    Extrêmement intéressant et très bonne philosophie! Merci !

  6. Pingback: La fourbure une maladie qui touche les pieds du cheval ? | Équinessentiel

  7. Garreau

    Article très intéressant et enrichissant
    Merci

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