Gérer le pré l’hiver

par Équinessentiel dans Conditions de vie | 6 commentaires

En hiver, la gestion du pré n’est pas toujours évidente et il est difficile d’éviter la boue comme d’encourager les chevaux à se déplacer. Ayant trouvé un bon compromis avec mes 4, je vous propose un tour d’horizon des solutions qui s’offrent à vous pour gérer au mieux votre pré l’hiver, si comme moi vous disposez de petites parcelles que vous ne pouvez modifier comme vous le souhaitez.

 

Notre principal ennemi de l’automne  au printemps, c’est la boue. Difficile de voir nos chevaux y patauger toute la saison humide! Et cet hiver nous ne sommes pas gâtés avec la douceur du temps qui ne permet pas à la terre de geler. L’eau qui tombe reste en surface et transforme vite les terrains en marres de boue. Une des priorités dans la gestion du parc est donc de limiter au maximum l’apparition de ces marres. 

 

Une évidence pour commencer : des chevaux pieds nus abîment bien moins la terre que les chevaux ferrés. Et à l’inverse de ces derniers, ils tassent et aplanissent de nouveau la terre dès qu’elle a un peu séché. De plus, ils ne risquent pas de blesser gravement un congénère en le tapant. Déferrer vos chevaux est donc la première chose à faire si ça ne l’est déjà! 

 

Ceci étant dit, cela ne saura vous surprendre, pour limiter la boue il faut limiter les zones de piétinement. Et donc encourager les chevaux à se déplacer un maximum! Cela tombe bien, puisque nous savons que les chevaux ont grand besoin de mouvement. Or, en hiver, leurs parcelles sont souvent plus petites et le terrain glissant leur donne moins envie de se défouler. A nous donc de réfléchir à une bonne organisation du terrain pour leur donner envie de marcher un maximum.

 

Pour cela, certains construisent des paddock paradises. Je trouve le concept très intéressant, et il a longtemps représenté pour moi un idéal. Cependant, il présente un inconvénient de taille en hiver. En effet, le principe est de forcer les chevaux à évoluer toujours sur une même piste qui se retrouve donc vite dépourvue d’herbe. Pour limiter les risques de fourbure, je suis d’accord, c’est efficace. Simplement, quand la saison est humide, la pluie a tôt fait de former sur la piste cette fameuse boue que nous cherchons à éviter. Bien évidemment, si on stabilise la piste, qu’on la draine ou qu’on la recouvre de cailloux, on n’a pas ce problème. Cependant, peu de gens peuvent se le permettre car ces modifications sont onéreuses et il faut avoir l’accord du propriétaire du terrain. Sans compter le prix de la clôture intérieure qui délimite la piste. J’ai donc vu beaucoup de ces paddocks avec des pistes très boueuses en hiver, et j’ai pour l’instant écarté ce concept, également pour d’autres raisons sur lesquelles je reviendrai si vous le souhaitez dans un autre article.

 

Vous l’aurez compris, je préfère donc laisser le parc ouvert. Ainsi, les chevaux disposent de davantage d’espace. Car il est évident que c’est la base pour limiter le piétinement : plus les chevaux ont de place moins ils endommagent le terrain. Malheureusement, une fois encore, nous ne pouvons pas tous offrir à nos compagnons des hectares de parc en hiver. Le plus souvent, nous faisons avec ce qui nous est accordé, que nous louions un terrain ou que nos chevaux soient en pension. Et ces surfaces sont généralement réduites l’hiver. Alors bien sûr, là encore la meilleure solution serait de drainer toute la parcelle ou au minimum les zones où les chevaux passent beaucoup de temps. Seulement, cela coûte très cher et je dois dire que je n’aime guère l’idée de modifier à ce point le sol, qui est tout de même le lieu de vie de très nombreuses espèces animales et végétales. De plus, quand le terrain ne nous appartient pas, nous ne sommes pas seuls à décider, et ici en tous cas il faut une autorisation de la mairie pour ce genre de modifications. Sinon, on peut aussi poser des caillebotis en plastique, mais cela aussi coûte cher. Je vais donc vous expliquer comment on peut limiter les désagréments liés à l’hiver e, épargnant son porte feuille.  

 

La première règle pour encourager les chevaux à bouger est de séparer les différentes ressources et sources d’intérêt. Par exemple, évitez de placer eau, foin et zone de distribution de compléments dans l’abri. Car alors vos chevaux y stagneront immanquablement. Au contraire, placez chaque ressource éloignée des autres et multipliez les ressources. Au delà du foin et de l’eau, les pierres à sel, seaux d’argile et autres formes de compléments sont autant d’éléments qui peuvent attirer les chevaux et leur donner envie de se déplacer. Alors, tant que ce sont des compléments naturels et dépourvus de substances sucrées ou appétentes, placez-en autant que possible à différents endroits du pré. 

 

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Pour ce qui est du foin, évitez autant que possible la balle ronde dans un râtelier au milieu du champ. C’est le meilleur moyen pour que tout le troupeau y soit planté la journée durant, et pour que les plus faibles ou les nouveaux arrivés se voient refusé l’accès à la nourriture. D’autant que selon la race et l’âge et l’état des chevaux, le foin en libre service toute la journée donne rapidement des chevaux qui restent gras tout l’hiver alors que cette saison devrait leur permettre de contrebalancer les excès caloriques de la belle saison. Préférez répartir le foin dans plusieurs filets à petites mailles ( d’une bonne marque résistante aux dents et douce pour les gencives ) que vous disposerez dans des endroits éloignés les uns des autres, hors sol et si ce sont des filets à grande contenance protégés de la pluie au maximum. Pour cela, vous pouvez utiliser les arbres présents dans le parc par exemple, auxquels vous suspendrez les filets. D’une part, les petites mailles forceront les chevaux à manger plus lentement et à réfléchir à ce qu’ils font, ce qui les lassera plus vite et les encouragera à faire des pauses. D’autre part, vous constaterez que plus il y a de points de nourriture différents, plus les chevaux tournent souvent de l’un à l’autre. Ils piétinent donc moins et bougent beaucoup plus! Alors d’accord, cela demande davantage de travail, et les filets sont un petit investissement, mais ça en vaut la peine. Et si vous êtes plusieurs à partager un parc, la tâche est réduite! 

 

Ensuite, pensez bien que le foin est un aliment sec et dépourvu de vitamines. Pour apporter à vos chevaux des aliments vivants, vous pouvez leur donner des fruits et légumes. Mais évitez de les donner à la main, ce qui risque de les rendre agressifs et quémandeurs. Vous en avez d’ailleurs certainement déjà fait l’expérience en distribuant des friandises au milieu d’un groupe de chevaux. Le seau n’est pas non plus une bonne solution, car chacun protège le sien et la distribution les rend également agressifs entre eux. C’est exactement pareil si vous jetez le contenu de votre sac à terre devant eux. Je vous conseille plutôt de les répartir discrètement un peu partout dans le pré. Les chevaux les trouveront par hasard et ils prendront l’habitude d’explorer chaque jour le pré. N’en mettez pas non plus tous les jours, et ne les posez pas toujours à la même heure ni au même endroit. N’oubliez pas, il s’agit de surprendre les chevaux, non de les habituer à un autre mode de distribution de la nourriture! Privilégiez les graines oléagineuses et les légumes aux fruits, très riches en sucres. Noix et noisettes entières, choux verts, choux fleurs, brocolis, courgettes, aubergines, fenouil, pommes, poires, carottes… sont autant de sources de vitamines pour vos chevaux et autant de raisons pour eux de marcher. Pour les compléments nécessaires en quantité précise à un cheval donné, sortez le cheval du troupeau, et éloignez-le des autres pour le nourrir. Cela évitera à tous frustration et énervement.

 

Enfin, retirez chaque jour les crottins, surtout si votre parcelle est petite. Car les chevaux n’aiment pas marcher dedans et les zones où ils les posent sont autant de zones où ils ne marchent pas. En outre, nettoyer ainsi la pâture limite la prolifération de parasites ainsi que l’apparition de fourmilières. Les intérêts sont donc multiples!

 

Ces astuces sont celles que j’utilise pour gérer le parc d’hiver de mes chevaux. Voici comment il est organisé :

 

C’est un parc de 7500 m² environ, pour 4 chevaux. Ce n’est pas énorme, mais ils ont de quoi courir. Ils ont accès à une rivière pour s’abreuver, ce qui est un luxe énorme! Nous y avons disposé cinq filets à foin, deux pierres à sel et deux seaux d’argile mélangée à du sel et à des minéraux. Tous les jours nous retirons tous les crottins, qu’ils font chaque fois aux mêmes endroits, dans 6 zones précises du parc. Et de temps en temps, je dispose ça et là des fruits et légumes. Ils ont un lieu préféré pour la sieste, la partie la plus ensoleillée du parc, et j’ai repéré trois zones où ils aiment se rouler ou se coucher. Nous avons très peu de boue, ils n’en ont jamais au-dessus de la couronne. Et dès qu’il fait sec, ils tassent de nouveau les aires situées autour des filets. Toute la journée, ils font des allers retours entre la rivière, les différents filets et les autres ressources. En réalité, ils ne restent généralement pas plus de 5 ou 10 min autour d’un même filet. 

 

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Ce système n’est surement pas le seul qui fonctionne, ni le meilleur. Toutefois, il a le mérite d’être accessible à tous sans gros investissement et de limiter l’apparition de boue tout en encourageant les chevaux à bouger. En plus des interactions qu’ils ont entre eux et avec nous, cela les maintient en forme tout l’hiver. Alors j’espère que cet article vous aura donné quelques idées pour améliorer le quotidien de vos chevaux! 

 

Notez bien que je ne vous garantis pas que ces solutions préserverons aussi bien vos parcs que les miens. Tout d’abord parce que le nombre de chevaux et les surfaces ne sont pas forcément les mêmes. Et ensuite parce que je suis en Haute Savoie où le sol est calcaire et la terre rarement argileuse. Ce qui est surement un avantage pour limiter la boue. Ceci dit, je suis amenée à rencontrer beaucoup de chevaux autour de chez moi et un grand nombre d’entre eux a les pieds dans la boue. Donc bien que je n’aie pas encore le recul nécessaire pour bien évaluer cette gestion de parc, je suis assez optimiste sur son efficacité dans d’autres lieux.

 

 

Laure Souquet
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  1. Je serais curieuse que tu reviennes un jour sur les inconvénients du Paddock Paradise en effet ! 😉

    Note bien que celui que tu notes ici fait partie des avantages du principe : le fait qu’il n’y ait plus d’herbe dans les couloirs est précisément fait exprès pour limiter l’accès à l’herbe qui souvent sous nos latitudes n’est pas adaptée à nos chevaux (qui sont des animaux de la steppe sèche, en principe). Le but premier du PP était de limiter les fourbures, et donc l’accès à l’herbe, tout en maintenant ce mouvement qui est essentiel à la santé des chevaux.

    Pour ce qui est de l’aménagement des sols, comme tu le dis plus loin, cela ne vient pas du fait qu’il s’agisse d’un PP ou non, mais uniquement de la surface du parc : schématiquement, plus le parc est petit (que ce soit un PP ou non), plus l’aménagement du sol sera nécessaire. Quand on fait un grand PP, tout comme quand on a un grand pré, et que l’on organise les choses un peu comme tu le décris (c’est-à-dire intelligemment ;)), alors on a d’autant moins besoin de modifier les sols pour limiter les dégâts.

    Ensuite, pour les questions de boue… je ne suis pas la spécialiste de la question vu que je suis dans une région sèche (mais argileuse !), par contre j’ai bien peur que les avantages des pieds nus sur les pieds ferrés par rapport au fait qu’ils abiment le sol soit vraiment négligeable 🙁 Et justement, protéger un sol (pour rappel, le sol ce n’est pas que la partie sur laquelle les chevaux marchent mais aussi les couches inférieures ;)) en y mettant au choix des dalles, des cailloux, du sable, de voire la moquette ou du bois (BRF ou bois sec) (etc. !), ça permet de protéger beaucoup plus efficacement que de laisser les chevaux défoncer la terre. En gros, le jour où tes chevaux quittent le parc, le développement des plantes reprendra beaucoup plus rapidement que si tu as laissé tes chevaux marcher dessus sans protection (quand il y a de la boue et que c’est un lieu où ils stagnent comme autour d’un filet à foin, je précise).

    Pour ce qui est du fait de ne pas laisser les cheveux au foin à volonté en hiver, là aussi je suis fort dubitative ! Surtout en utilisant des filets. Personnellement c’est ce que je pratique et force est de constater qu’une fois le temps d’adaptation passé (et moyennant un environnement qui fonctionne bien par ailleurs), les chevaux se retrouvent tous avec un poids correct, aussi bien ceux qui ont du mal à prendre, que ceux qui ont du mal à perdre 🙂

    • Je t’ai répondu en partie dans l’article car il se trouve que je suis d’accord avec toi sur tout cela mais je crois que tu as mal interprété certains passages. Je les ai donc précisés pour les prochains!

      Le principe du PP est très bien pour limiter l’accès à l’herbe, c’est clair, simplement dans une région boueuse l’hiver et sur de petites surfaces je trouve que ce n’est pas l’idéal. Et à cette saison, pas besoin de limiter l’accès à l’herbe dans les conditions que je décris, car en quelques jours il n’y en a plus!

      Les modifications du sol c’est pareil, dépend de la surface, très efficace mais le pb c’est qu’ici nous sommes très peu à être propriétaires de nos sols, qu’il faut une autorisation pour stabiliser une terre agricole et que c’est un gros budget pas accessible à tous.

      Et pour le foin à volonté, tout dépend du cheval et de la région. Chez toi, le nourriture est pauvre, et il en faut beaucoup pour nourrir un cheval. Chez nous, l’herbe est bien trop riche et abondante en belle saison et à l’automne beaucoup de chevaux au parc sont obèses. L’hiver venu, au foin à volonté ils ne perdent pas un gramme! C’est dangereux pour leur santé. Alors comme toujours avec la nourriture, la quantité dépend du cheval, de sa race, de son âge, de l’exercice qu’il fait, de son état de santé etc. Et je considère que du foin en filets n’est pas vraiment à volonté puisqu’il est difficile d’accès. Je parle surtout des bottes ouvertes dans les râteliers. 😉

      Cet article concerne les petites surfaces surpâturées l’hiver dans des régions humides. Sur de grands espaces dans des régions sèches, les problématiques ne sont pas du tout les mêmes!

  2. Victoria

    Bonsoir,

    Est ce que les choux de Bruxelles sont bons pour les chevaux ?

    Bonne soirée.

    • J’avoue ne pas m’être posé la question. Je ne vois pas à priori de raison pour qu’ils ne le soient pas, et votre cheval devrait savoir vous le dire, mais vérifiez peut être auprès d’un vétérinaire.

  3. emilie

    Bonjour.

    Je souhaiterais savoir qu’elle marqué de filet a fini vous utilisez car j au dû mal a en trouver des costauds et pratiques a remplir et accrocher. Les vôtres m’ont l’air vraiment top.

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