Des friandises pour éduquer son cheval ?

par Équinessentiel dans Chevaux, Éducation | 16 commentaires

Les friandises, un nombre incalculable d’éducateurs ou dresseurs de chevaux, en herbe comme professionnels, y ont recours. Et vous, les utilisez-vous?

 

Les friandises, si on y a recours, c’est pour faciliter l’apprentissage. Il est clair qu’elles ont de quoi motiver la plupart des chevaux et que leur utilisation permet de leur apprendre très vite des choses qui auraient pu prendre davantage de temps autrement. Et puis, utiliser des friandises, c’est pouvoir dire qu’on fait du renforcement positif, et beaucoup de gens pensent qu’on ne peut le faire autrement.

 

Pour commencer, savez-vous pourquoi la plupart des chevaux feraient n’importe quoi ou presque pour une friandise? Tout simplement parce qu’elles sont riches en sucres et que les animaux – dont les humains font partie, cqfd – sont programmés pour rechercher les aliments les plus riches en sucres, qui sont aussi les plus nourrissants. Il n’y a qu’à observer comme les chevaux se jettent sur une herbe gorgée de sucre pour le constater. Le sucre est donc très attirant pour eux, et cette attirance est renforcée par la rareté de la chose. En effet, s’ils avaient des friandises en libre service, ce qui serait bien entendu mauvais pour eux, celles-ci deviendraient rapidement beaucoup moins attirantes puisqu’ils sauraient pouvoir en manger à leur convenance. C’est bien pour cela qu’un brin de foin n’est pas considéré comme une friandise. Par contre, on peut le voir avec l’herbe. Autant un cheval qui n’y a que rarement accès se jette dessus comme un affamé, autant un cheval qui vit dans une vaste pâture où il a de l’herbe en abondance apprend très vite à se réguler et cesse de se jeter sur le moindre brin d’herbe qui passe à sa portée en balade.

 

Si vos friandises sont si appétantes pour les chevaux, c’est donc qu’elles déclenchent chez eux des réactions primaires liées à un instinct de survie. Comme les rations concentrées, elles font naître chez les chevaux un sentiment d’urgence irrépressible qui les pousse à se jeter voracement dessus, avant qu’il n’y en ait plus. On s’en rend de suite compte lorsqu’on assiste à la distribution de grains dans une écurie ou à une distribution de bonbons dans un pré. Le maître mot est le suivant : excitation! Et même stress! Et agressivité. Pourquoi? Parce que l’accès aux ressources limitées est le seul moment pendant lequel une forme de dominance s’exerce entre les chevaux. C’est donc le moment où l’agressivité est la plus forte, ce qui fait aussi de la distribution d’aliments sucrés l’un des moments où il est le plus dangereux de se retrouver au milieu d’un groupe de chevaux. Paradoxalement, la grande majorité des gens qui ont peur des chevaux ne rentrent dans un pré où ils vivent en groupe que munis de pommes, carottes ou bonbons, pensant ainsi les amadouer. Ce sont pourtant les friandises qu’ils ont en main qui poussent tout le groupe à courir au devant d’eux en se mordant ou en se tapant à qui mieux mieux. Rentreraient-ils les mains vides qu’ils rencontreraient un troupeau calme et indifférent à leur présence plutôt qu’une horde de chevaux déchaînés les confortant dans leur peur. Si vous êtes dans ce cas, faites le test. Vous verrez que dès qu’ils auront compris que vous venez dorénavant les mains vides, les chevaux changeront radicalement de comportement. 

 

Un cheval en attente d’une friandise est donc dans un état de tension qui se perçoit dans toute son attitude. Il est impatient, et davantage concentré sur la main tenant le sucre convoité que sur le monde qui l’entoure. Cela en fait un élève ou un compagnon irritable et exigeant. Oreilles plaquées, ruades, encolure arquées et tête qui remue de droite à gauche en sont la preuve. Personnellement, cela ne m’intéresse pas car je recherche avant tout le calme et la concentration lorsque je suis auprès d’un cheval. Mais au-delà de cette recherche de détente psychologique comme physique du cheval qui est somme toute personnelle, pensez bien qu’un cheval irrité et impatient est aussi un cheval agressif. Souvenez-vous que l’accès aux ressources limitées est le seul moment pendant lequel le cheval use d’intimidations ou de violence pour s’assurer la priorité. Et dites vous que c’est aussi valable pour vous. Un jour ou l’autre, selon son caractère, un cheval avide de friandises risque de vous mordre, de vous bousculer ou de vous taper pour en obtenir. Et si vous trouvez cette idée ridicule, attendez de vous retrouver à travailler un entier ou un cheval au fort caractère et nous en reparlerons… En attendant, votre cheval envahira tout de même votre espace, fouillera vos poches et tous les sacs qui passeront à sa portée et chassera les autres chevaux qui voudront vous approcher non par jalousie, mais pour garder pour lui tout seul le distributeur de bonbons que vous êtes à ses yeux dès lors que vous en avez plein les poches. A mon sens, travailler sans friandises c’est donc travailler en sécurité avec un cheval calme, bien dans son corps et disponible. Quand je travaille avec un cheval, je veux qu’il soit concentré sur moi et non sur mes mains et mes poches! Bien sûr, vous pouvez éduquer votre cheval à bien se tenir et à attendre que vous lui donniez la friandise calmement. C’est un entraînement qui prend plus ou moins de temps selon les chevaux. Par contre, rien ne vous assure qu’il ne chassera pas les autres s’ils vous approchent, ni que les autres ne l’agresseront pas pour être nourri à sa place. Alors je trouve cela dangereux quand on travaille au milieu d’un troupeau par exemple, comme je le fais très souvent. 

 

J’entends déjà les inconditionnels me rétorquer : « mais quid du renforcement positif??? » D’abord, qui dit que sans friandises on ne peut pas faire de renforcement positif? Des grattouilles par exemple, peuvent être renforçatrices pour certains chevaux. Ensuite, savez-vous exactement de quoi il s’agit? Le renforcement positif est une des quatre modalités de conditionnement opérant. Le terme « renforcement » signifie que l’action tend à renforcer un comportement, c’est à dire à augmenter les chances que l’animal le reproduise. Et le terme « positif » signifie que l’on ajoute, que l’on donne quelque chose suite au comportement, alors que le terme « négatif » signifie que l’on retire quelque chose, comme par exemple un inconfort. N’utiliser que le renforcement positif cela veut dire que l’on ne peut en aucun cas utiliser le moindre stimulus inconfortable pour demander un geste. Sinon, il s’agirait de renforcement négatif. Par exemple, appliquer le doigt sur le flanc du cheval et relâcher la pression lorsqu’il se décale, c’est du renforcement négatif. Appliquer une tension sur la longe et la relâcher lorsque le cheval cède, c’est du renforcement négatif. Négatif ne veut donc pas dire méchant, agressif, ni violent! Mettre un coup de stick à un cheval qui ne fait pas ce que vous voulez, ce n’est pas du renforcement négatif mais une punition positive. Les mots « positif » et « négatif » n’ont pas de valeur qualitatives dans ces expressions, mais simplement quantitatives. Elles ne sont pas synonymes de « bien » et « mal » ni de « gentil » et « méchant ». Le renforcement négatif est donc, par exemple, celui sur lequel reposent les méthodes dites « éthologiques » les plus connues. Quant au renforcement positif, utilisé seul il ne permet guère que ce que l’on appelle « capturing » et qui consiste à attendre patiemment qu’un cheval fasse un geste qui nous intéresse pour lui offrir une friandise en espérant qu’il comprenne le lien action-friandise. Ou du « targeting », qui consiste à conditionner le cheval à suivre un objet pour le toucher du bout du nez. Mais il ne permet de mettre aucune limite. On ne peut par exemple pas faire bouger un stick devant un cheval pour l’éloigner de soi s’il se montre agressif. Ce serait du renforcement négatif. Impossible donc, à mon sens, de n’utiliser que du renforcement positif pour éduquer ou dresser un animal. Ce qui veut dire que tous les fervents adeptes du renforcement positif utilisent – peut-être sans savoir que c’en est – le renforcement négatif! Ne serait-ce que dans la vie de tous les jours, quand ils mettent un licol et une longe à leur cheval. Cette guerre entre les deux est donc un débat stérile. On peut utiliser le renforcement positif sans friandises, et le renforcement négatif sans être ni dur, ni agressif et sans faire souffrir le cheval. 

 

Pour ma part, je ne trouve aucun intérêt à apprendre à un cheval à bailler sur commande en « capturant » son geste. Je n’ai donc pas besoin de friandises. Ce qui m’intéresse est d’évoluer avec mes chevaux en communiquant avec eux de façon claire et en les motivant par le jeu et le calme que ma présence leur offre. Je veux que nous échangions et qu’ils soient intéressés à me répondre parce que cela leur fait plaisir d’être avec moi. Je mets en place avec eux une communication gestuelle et énergétique dont le succès dépend de ma propre capacité à utiliser correctement mon corps, à me placer comme il faut dans l’espace, et à ajuster sans cesse mon attitude intérieure à celle de mon cheval. J’utilise souvent un stick pour allonger mon bras mais je peux très bien travailler sans rien. Si j’utilisais des friandises lorsque je suis avec eux, ils viendraient à moi et répondraient à mes invitations par intérêt pour le sucre que je leur offrirais. Je n’aurais alors pas la même possibilité de remettre en question ma demande ou mon attitude en fonction de leur réponse. Et je suis trop romantique et idéaliste pour me satisfaire d’une telle relation! Avec les humains comme avec les animaux j’aime les relations sincères et je considère que les friandises l’interdisent avec les animaux. De la même façon que les gens qui ont beaucoup d’argent sont très entourés par intérêt, avec des poches pleines de bonbons ou de carottes vous êtes entourés de plein de chevaux gourmands. D’ailleurs, les offrandes de nourriture n’existant absolument pas chez les chevaux, ils ne font pas partie de leurs codes sociaux et n’ont donc aucune signification pour eux. Alors cela facilite certaines choses, c’est sûr, mais si vous les utilisez tout le temps, vous ne pouvez alors plus aller voir votre cheval sans vos friandises si vous voulez obtenir quelque chose de lui. Car vous n’avez plus rien pour le motiver. Et s’il trouve quelque chose de plus intéressant que ça, vous ne pouvez plus rien en obtenir du tout. Prenez un entier qui se retrouve en présence d’une jument en chaleurs. Pensez-vous qu’il va se détourner d’elle pour un bonbon? Si vous voulez garantir sa sécurité et celle des autres, vous devez être certain(e) que votre cheval vous écoute en toutes circonstances. Et les bonbons ne permettent pas cela. Le seule et unique chose qui le permette, c’est une relation de confiance mutuelle basée sur des échanges clairs et justes avec une personne bien ancrée et présente.

 

Mon choix de ne pas utiliser de friandises s’explique aussi par le fait que je ne suis pas seulement une propriétaire de chevaux. Je suis aussi ostéopathe et pareuse et cela m’amène à soigner chaque jour des chevaux qui ne sont pas les miens. Alors, quand j’arrive vers un cheval stressé ou inattentif qui me met en danger par ses mouvements désordonnés ou qui ne sait pas donner les pieds par exemple, je ne dispose pas d’une année pour lui apprendre à réagir positivement à la friandise. Je n’ai que quelques minutes pour l’assurer de ma bienveillance, obtenir son attention et lui expliquer ce que j’attends de lui pour pouvoir le soigner au mieux. Dans ces moments là, ce sont mon calme, mon assurance, ma douceur et ma capacité à identifier à chaque instant l’état émotionnel du cheval qui me permettent de travailler avec lui en sécurité. Et j’ai pu constater que chaque fois qu’une personne a voulu utiliser des friandises pour « tenir » son cheval pendant un soin ou pour le motiver pour un parage, le cheval ne s’est finalement calmé qu’une fois que j’ai demandé qu’on arrête avec les friandises. Un exemple tout simple : un cheval donne son pied et reçoit une friandise? Il est intelligent et comprend vite le lien. Du coup, il repose son pied. Comme ça il peut de nouveau le donner et recevoir une friandise. Alors que si je travaille sans, il est enfin attentif à moi et tout se passe bien. Quant au travail avec mes propres chevaux, ce que j’aime par dessus tout, c’est évoluer avec eux en liberté au milieu des autres dans nos terrains de plusieurs hectares. C’est bien différent du travail avec un cheval isolé dans une carrière. Pour ma part, éviter les friandises est donc un choix adapté à ma façon de travailler.

 

En résumé, de mon point de vue, utiliser des friandises :

  • est socialement insignifiant pour le cheval ; 
  • les rend irritables, tendus et agressifs, lui ou ceux qui l’entourent ; 
  • mais permet d’obtenir des résultats rapides ; 
  • résultats conditionnés par votre réserve de friandises et non garantis en cas d’urgence ou de danger.

 

Et travailler sans : 

  • permet d’avoir un cheval calme et disponible ;
  • vous assure que le cheval vient vers vous par amitié et non par intérêt ;
  • mais vous demande davantage de travail, notamment sur vous-même, pour obtenir les mêmes résultats ; 
  • résultats basés sur une compréhension mutuelle et qui vous assurent l’écoute du cheval quelles que soient les conditions.

 

Utiliser ou non des friandises, c’est à vous de voir et cela dépend de vos objectifs. Pour ma part, le choix est fait depuis bien longtemps !

 

NB : A tous ceux qui sont pour, je respecte votre choix et vos raisons vous appartiennent. Cet article n’a en aucun cas pour objet de vous discréditer, de vous jeter la pierre ou encore moins de susciter un débat enflammé, il vise simplement à exprimer mon opinion qui est par définition personnelle et n’engage que moi. Alors s’il vous plait, ne prenez pas la mouche, je vous assure que je ne suis vraiment pas assez importante pour que vous vous fassiez du mal en vous mettant en colère pour un simple article qui expose mon point de vue personnel  😉 

 

Laure Souquet
equinessentiel(a)gmail.com
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  1. paty lesalle

    Je ne saurais qu’abonder dans votre sens… expériences à l’appui.

    Il serait intéressant de savoir, par sondage, le % d’utilisateurs de friandises et les non-utilisateurs..

    Il est tentant de leur en offrir, comme à un enfant, sauf que le cheval ne le perçoit de la même façon… je préfère les caresses et le compliment verbal… et ils ont pommes et carottes dans leur ration..

    J’espère que cet article très enrichissant sera lu par de nombreux propriétaires …

  2. daniele Gaillard

    merci de cet intéressant article
    j ai le pb suivant :propriétaire d un PRE entier 8 ans très gentil , et caractère pas trop chaud: juste un hennissement devant une jolie jument
    je me suis aperçue qu arrivant le matin il couchait violemment les oreilles et faisant semblant de vouloir attaquer avec l encolure . Je voulais essayer de lui donner un sucre en arrivant mais pas sure que cela soit la bonne solution. le sucre je lui en donne après le travail , lors du retour au boxe .
    merci de me dire ce que vous en pensez
    ps: après être monté , jamais il ne couche les oreilles de cette façon

    • Votre cheval vivant au box, pour moi le comportement que vous décrivez est sa façon à lui de vous indiquer que votre façon d’entrer chez lui le matin lui est inconfortable. Lui donner une friandise alors qu’il vous agresse renforcerait son comportement. Je ne pense donc pas que ce soit une bonne solution. Je vous conseille plutôt de prêter une grande attention à lui et à son attitude dès le moment où vous l’avez en visuel. Dès qu’il vous regarde, arrêtez-vous, respirez, souriez, et laissez-le se détendre. Montrez-lui que vous respectez vous aussi son espace et son besoin d’être abordé en douceur. N’avancez que lorsque vous le sentez se détendre. Et une fois près de son box, restez un moment juste là, et demandez-lui intérieurement la permission de rentrer. Dès qu’il est détendu, ouvrez la porte et appelez-le vers vous au lieu d’entrer. Attendez qu’il vienne vous sentir gentiment avant d’entrer. Et passez un moment à lui parler doucement et à le caresser avant de le préparer. Vous verrez qu’il sera bien plus détendu dès qu’il aura compris que vous ne souhaitez pas forcer un contact. Pensez bien que son box est son seul espace à lui!

  3. Katy Chariatte

    Bonjour!
    Merci beaucoup pour ce partage ! Moi de mon côté j ai eu donné des friandises à mes chevaux au début et je me suis vite rendue compte que j avais par la suite des chevaux envahissants et irrespectueux qui fouillaient dans mes poches. Maintenant je ne le fais plus et je travaille sans ! Les cheval est récompensé avec des pauses ou gratouilles ou par la voix et j obtiens des bons résultats et surtout j ai leur respect et ma bulle personnelle n est plus envahi ! Je sais que quand il viennent vers moi c est plus pour un bonbon! C est bien que chaque propriétaire fasse ses expériences et choisisse ce qui fonctionne le mieux …..le plus important à mes yeux est avant tout communiquer harmonieusement avec son cheval!

    • Comme vous le dites très bien, l’essentiel est de trouver une façon de faire avec laquelle on se sente à l’aise et ne cheval aussi!

  4. John

    Ouf, je pensais que j’étais le seul à ne donner que des caresses pour féliciter mon entier lorsque qu’il exécute ce que je lui demande.
    Merci pour cet article.

  5. Corinne

    Coucou Laure,

    Est-ce que tu donnes de temps en temps à tes chevaux de temps en temps des aliments comme les carottes, betteraves ou autres, pas dans le sens friandises ( en remerciement ou pour demander une action), mais dans un autre contexte qui est juste de varier un peu leur alimentation ou/et de leur apporter des vitamines ? Et dans ce cas, on donne ces aliments hors contexte travail.

    • Oui, bien sûr! Très régulièrement même! C’est en effet un très bon moyen de varier leurs apports. J’aime bien en disperser dans leur pré pour les encourager à toujours explorer leur environnement. Et il m’arrive aussi de leur en apporter comme ça, pour le plaisir.

  6. Nadine Pagliani

    Quel plaisir de vous lire ! Merci. Je partage votre « philosophie ».

  7. Boucher

    excellente approche des chevaux

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