Expliquer au cheval les règles de l’interaction

par Équinessentiel dans Relation | 6 commentaires

Évoluer en sécurité avec un cheval, c’est s’assurer qu’il ne vous pousse pas dans un fossé, ne vous écrase pas contre une cloison, ne vous morde pas, ne vous tape pas et ne vous écrase pas les orteils. Donc, lui expliquer clairement les limites que vous ne l’autorisez pas à franchir. Bien-sûr, me direz-vous, mais comment procéder ? Cette question m’ayant déjà été posée plusieurs fois, voici ma réponse.

 

La première chose que je peux vous conseiller si vous ne savez pas comment expliquer à un cheval jusqu’où il a le droit d’aller, c’est de prendre le temps de vous poser dans un endroit discret pour observer un groupe de chevaux échanger. Vous aurez alors l’occasion de les voir mettre au point leurs règles de vie en groupe. Vous pourrez remarquer que tous les chevaux n’acceptent pas les mêmes choses des uns et des autres. Ce qui est autorisé ou toléré dépend de la relation que deux chevaux entretiennent. Et la nature de cette relation évolue sans cesse en fonction de leurs âges respectifs, des saisons et du jeu des hormones, des départs et des arrivées d’autres chevaux, et de la disponibilité des ressources. Plus vous passerez de temps à observer ces échanges et mieux vous serez à même de mettre en relation les types de contacts et le degré d’intimité des relations. Vous vous rendrez compte, par exemple, qu’un cheval qui se gratte la tête sur un autre le fait toujours avec un ami. Conclusion : quand votre cheval se gratte contre vous, ce n’est donc pas qu’il vous considère comme un arbre. Vous pouvez donc accepter cet échange, mais vous devez indiquer au cheval la force maximum qu’il est autorisé à appliquer pour éviter de vous déséquilibrer. De même, un cheval qui gratte le garrot d’un autre et y met les dents de façon vigoureuse ne fait que lui témoigner son amitié et lui indiquer le genre de contact que lui apprécie. Donc si votre cheval vous frotte avec ses lèvres et que soudain il vous pince, ce n’est pas pour vous prendre en traître mais pour vous demander de le gratter vous aussi. Refuser qu’il vous touche, ce serait refuser de créer avec lui un véritable lien d’amitié. Par contre, vous pouvez lui expliquer à quel moment de l’échange il doit absolument s’arrêter. C’est ce que font aussi les chevaux entre eux, de façon très claire. De même qu’ils sont extrêmement fermes si un autre cheval se montre clairement irrespectueux. Par exemple en les mordant en dehors d’une période de jeu ou trop fort, en les tapant, en les bousculant, etc.

 

Que pouvez-vous alors observer dans ces situation ? Le cheval « agressé » fait-il « comme si rien ne s’était passé », comme on vous le conseille souvent? Ou bien se rue-t-il sur l’autre pour le poursuivre de sa colère, comme on voit parfois un humain le faire après qu’un cheval ait finalement dépassé des limites qui n’avaient jamais été posées ? Rien de tout cela. Ou alors nous n’observons pas les mêmes genres de chevaux. C’est à dire des chevaux bien dans leur tête avec une bonne habitude de la vie en groupe. Ceux que moi je vois évoluer réagissent toujours, à la moindre action qui leur déplaît. Et la réaction est dosée en fonction de la gravité de l’action qui l’a déclenchée. Cela va de l’oreille plaquée en arrière avec un regard très expressif à la morsure ou au coup de pied. Puis, dans tous les cas, si échange il y avait, il s’arrête là et chacun repart de son côté.

 

Relisez la phrase précédente. C’est peut être la plus importante de cet article.

 

Pour bien comprendre, revenons à une règle de survie très simple pour le cheval : l’union fait la force ! La survie d’un cheval dépend de sa bonne intégration au troupeau, et il le sait instinctivement. Sa pire crainte est donc de se retrouver seul, sans le soutien d’un troupeau pour le protéger, monter la garde lorsqu’il s’endort ou lui montrer le chemin pour accéder à des ressources qu’il ne trouverait pas seul. C’est pourquoi la mise à l’écart du troupeau est une sanction très utilisée chez les chevaux. Et c’est aussi pour cela que l’idée en a été reprise dans le concept très connu du join-up. Personnellement, je ne suis pas pour ce que c’est devenu. Mais ceci est une autre histoire, que je vous raconterai une prochaine fois si cela vous intéresse. Pour l’instant, retenez simplement que le cheval craint la solitude et la mise à l’écart. 

 

Si vous avez tout suivi jusqu’ici, vous savez à présent comment faire comprendre à votre cheval où sont situées vos limites. Je vous entends déjà me le demander, alors je vais vous donner un exemple plus précis de la façon dont j’explique à un cheval les règles de nos interactions. Je vais prendre le cas d’un cheval mordeur. C’est le cas de beaucoup de mâles et on me demande souvent conseil à ce sujet. 

 

Donc, je suis en relation avec un cheval qui mordille, pince ou mord sans arrêt. Première chose que je souhaite préciser, de même qu’avec un cheval qui vous menace de taper ou qui vous tape, n’écoutez jamais – je dis bien JAMAIS – une personne qui vous recommande de faire comme si de rien n’était et d’ignorer ce comportement. Parce qu’un cheval n’est certes pas anthropophage ni carnivore mais il peut vous arracher l’épaule ou le biceps avec ses dents en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ou vous exploser la rate, un organe bien plus vital, un membre ou même le crâne en un seul coup de pied. Ignorer un comportement menaçant, agressif, ou de jeu mais potentiellement dangereux, c’est vous mettre en danger de blessure grave voire de mort. Si vous n’en êtes pas convaincu(e), tapez « accident cheval morsure » puis « accident cheval coup de pied » sur Google, et vous aurez un aperçu de ce que peuvent donner de tels accidents. Sa taille, sa force et sa nature impulsive rendent n’importe quel cheval potentiellement dangereux pour les humains que nous sommes. Vous ne devez donc jamais laisser passer un comportement inapproprié, peu importe qui vous le demande. D’autant moins que si vous ne dites jamais rien, le jour où le cheval vous fera mal, vous exploserez d’une colère qu’il ne comprendra absolument pas et il perdra toute confiance en vous. Vous devez donc agir dès que le comportement se manifeste. Pour cela, vous devez avoir décidé de votre limite. Dans mon cas, je décide que le cheval en question a le droit de poser ou de frotter ses lèvres sur moi, de gratter la paume de la main que je lui tends avec ses dents, d’attraper mes vêtements avec ses dents sans tirer dessus,  de faire mine de me mordiller lorsque nous jouons en liberté, mais qu’il lui est formellement interdit de pincer ma peau, aussi doucement qu’il le fasse. Simplement parce que le jour où il sera excité, il risque de me l’arracher. Je le laisse donc faire tout ce qui est permis, et au moment où il pince, je lui donne une bonne tape ou le pince moi aussi immédiatement après avoir dit « aille » d’un ton fâché, et j’interromps de suite notre interaction. Selon la gravité de l’action, je le laisse à l’écart quelques minutes ou bien je pars et ne reviens que le lendemain. Le cheval comprend ainsi qu’il m’a fait mal et que cela suppose une réprimande, l’arrêt des grattouilles, du jeu ou même mon départ. Bien évidemment, l’arrêt de l’interaction ne l’incommode qu’à condition qu’il prenne plaisir à nos échanges. C’est à moi de faire en sorte que ce soit le cas. Quoi qu’il en soit, dans tous les cas, cela lui laisse le temps d’intégrer ce qui vient de se passer. C’est très simple, n’est-ce pas? Grâce à cela, je n’ai à craindre de morsure d’aucun de mes chevaux. Et pourtant, Zéphyr, par exemple, était un gros mordeur en arrivant chez moi. Il a très vite arrêté.

 

Une condition sine qua non de la réussite est la constance : ce qui est interdit l’est à chaque tentative et chaque incartade entraîne la même réponse. Soyez juste, mesuré(e) dans vos réactions, calmes, constant(e) et inspirez vous des comportements que les chevaux expriment entre eux et vous arriverez toujours à leur faire passer votre message. Bien entendu, la réaction doit également être savamment dosée et ajustée à la personnalité du cheval. Trop vive pour un timide, elle peut l’inciter à vous craindre. Trop douce pour un sûr de lui, elle peut l’inciter à ne pas vous prendre au sérieux. Savoir apprécier la personnalité d’un cheval et s’y adapter est absolument indispensable si l’on souhaite échanger avec lui de façon harmonieuse. Il ne faut pas se tromper ni se laisser abuser par le comportement apparent du cheval. Cela s’apprend et demande du temps! 

 

C’est ce que découvriront par exemple les participants du stage d’approche intuitive du cheval le weekend des 10 et 11 juin en Haute Savoie. Il est encore temps de nous y rejoindre en auditeur libre !

 

Laure Souquet
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equinessentiel(a)gmail.com

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  1. paty lesalle

    Merci Laure, pour ce petit cours « d’intimité » equin….on à les mêmes visions de l’éducation et ça fait plaisir à partager… Néanmoins, si je laisse ce commentaire c’est parceque je n’ai pas vraiment réussi à ce que mon TF arrête de terminer ces « bisous » par un dernier petit coup de dents… pas fort mais pas très agréable non plus… Les « ailles » + petite tape n’y font rien. Le lendemain, re-belote…
    Quant je me baisse,par ex, il arrive a soulever mon tee-shirt fais ses leschouilles. puis, crack, le petit coup de dents..
    On est très fusionnels. Il a 20 ans et je l’ai sorti de maltraitance a l’âge de 4_ans. Il sait très bien que je l’ai sauve, et il me le témoigne tous les jours… Alors, suis-je nulle ou est il borne ??? Quoi qu’il en soit il est super respectueux…pour le reste…

    • Je ne pense pas qu’il soit borné ni que vous soyez nulle! Tentez de vous en aller dès qu’il vous pince sans autre cérémonie et de le laisser jusqu’au lendemain. S’il est proche de vous, il n’aura pas envie que vous partiez et évitera de le refaire. Autre technique. La prochaine fois que vous irez le voir, munissez vous d’un stick. Pas pour le frapper bien sûr! Seulement, au moment où il mettra les dents, dites non comme d’habitude mais en même temps saisissez le stick et faites le vibrer très vite dans sa direction. Il aura peur et s’écartera vivement, ce qui accentuera le côté désagréable du fait de vous mordre.
      Si cela ne fonctionne pas, il faudrait que je vous voie évoluer tous les deux, pour mieux vous conseiller!

  2. Helbling

    Bonjour,

    Pouvez-vous me communiquer des informations afin d’assister en auditrice libre au stage mentionné ?

    Lieu, prix, réservation, etc.

    Merci d’avance et bonne journée,
    Sonia Helbling

  3. tatu christine

    Toujours autant de plaisir à vous lire ,MERCI pour tous ces beaux partages dans le pur Respect de ce bel animal!Au plaisir de vous rencontrer ..en Normandie!..ou ailleurs?!

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