Chevaux, environnement et gestion durable

par Équinessentiel dans Chevaux, Conditions de vie | 8 commentaires

Avoir un cheval, d’autant plus s’il vit au pré, c’est avoir besoin que l’environnement se porte le mieux possible. Pourquoi? Simplement parce que la prairie dans laquelle vit le cheval est celle qui le nourrit. Pour qu’elle le fasse longtemps, il faut donc que le cheval s’intègre à l’écosystème de ce milieu et que sa présence y soit un facteur d’enrichissement et non de dégradation. Si vous gérez une prairie ou que votre cheval y vit, vous devez donc absolument prendre en compte son impact sur l’environnement. Petit tour d’horizon des choses à faire ou à éviter pour préserver au mieux l’environnement qui abrite et nourrit votre cheval!

 

La chose la plus simple à contrôler, c’est la façon dont vous soignez votre cheval. En effet, les aliments, compléments alimentaires, produits de soin ou médicaments auxquels vous recourrez finissent immanquablement par se retrouver dans les urines, les crottins ou même la transpiration et les mucosités de votre cheval. Et ces matières échouent finalement dans le sol, soit directement, soit par le biais de l’épandage du fumier si le cheval vit en box. Aussi, tout ce qui est chimique contribue à polluer l’environnement, et tout ce qui est biocide peut continuer de tuer en dehors de l’organisme de votre cheval. Prenez les vermifuges chimiques par exemple, et notamment ceux contenant de l’ivermectine. Une fois administrés au cheval, ils sont éliminés dans les crottins et tuent massivement les insectes coprophages qui y vivent, les mettent en morceaux et les enfouissent dans le sol, facilitant ainsi le travail des micro-organismes qui transformeront enfin cette matière en humus. Avoir recours à ces produits, c’est donc causer la mort de dizaines de milliers de bousiers à chaque vermifuge de votre cheval! Quelle en est la conséquence pour vous? Les bousiers n’étant plus là pour faire disparaître les crottins de votre cheval dans le sol, ceux-ci restent sécher en surface au lieu d’être réintégrés au sol. Au lieu de fournir à votre pâture un engrais naturel, les crottins qui peuvent ainsi rester des années à la surface du sol sont à l’origine de zones de refus de plus en plus étendues. Vous en faites donc les frais tout autant que l’environnement! Sans compter que l’ivermectine peut aussi tuer votre chien s’il mange des crottins en contenant. Certaines races comme les Colleys, Shetlands, Bobtails, Border ou Bearded Collies y sont particulièrement sensibles mais toutes les races sont susceptibles d’être intoxiquées par cette molécule. les symptômes apparaissent de quelques heures à deux trois jours après absorption et sont d’ordre neurologique avec un mauvais pronostic de rétablissement : paralysies, cécité, coma… Malheureusement, peu de vétérinaires mettent leurs clients en garde contre ces risques!

Et les vermifuges ne sont pas les seuls produits à poser problème. Les antibiotiques, par exemple, en plus de représenter un danger pour le microbiote intestinal du cheval, provoquent une fois éliminés de l’organisme une résistance des bactéries due à une présence constante de ces médicaments dans l’environnement. C’est ainsi que certaines maladies bactériennes deviennent de plus en plus difficiles à soigner. Aussi l’administration d’un antibiotique doit-elle être bien réfléchie. Déjà, elle doit être nécessaire. C’est à dire qu’il faut être absolument certain(e) qu’il s’agit bien d’une infection bactérienne. Ensuite, elle doit être la mieux ciblée possible, précisément dosée pour éviter un surdosage et prolongée le moins longtemps possible pour la même raison. Comme on le dit pour l’homme, pour votre cheval, les antibiotiques ce n’est pas automatique! D’autant qu’en plus de provoquer des résistances, s’ils endommagent les flores du cheval, il en est de même de celle du sol. Car le sol est censé lui aussi grouiller de micro-organisme qui prennent le relais des bousiers pour digérer les matière fécales ainsi que tous les autres déchets végétaux ou animaux qui se retrouvent au sol. En les digérant, ces micro-organisme rendent les différents éléments qui les composent de nouveau assimilables par les plantes puis par les animaux herbivores. Ce sont eux qui permettent notamment aux plantes de s’alimenter en minéraux. Or, tous ces antibiotiques qui sont rejetés dans le sol peuvent les tuer eux aussi. De nos jours, les sols sont donc de moins en moins riches en micro-organismes et donc de plus en plus pauvres et de moins en moins capables de retenir l’eau. Si votre cheval patauge dans la boue tout l’hiver, c’est que le sol sur lequel il évolue ne contient plus que très peu d’humus. Restent les sables, limons et argiles qui forment de la boue. Le sol de votre prairie a donc fait les frais de la pollution de l’environnement et il est pauvre et affaibli. Dans ce cas, pensez bien que vous-même y avez peut-être participé en soignant chimiquement votre cheval!

Une prairie présentant différents milieux offre aux chevaux une alimentation variée et aux animaux sauvages un habitat.

 

Une autre problématique de saison est l’utilisation d’insecticides pour soulager votre cheval envahi par les mouches, les moustiques ou les tiques. Cela paraît évident, mais avez-vous déjà réfléchi au fait que la majorité des produits ou systèmes de pièges tuant les mouches ou taons tuent également les abeilles, si nécessaires à la nature de par leur action de pollinisation? Que le produit que vous utilisez soit chimique ou naturel, il devient alors nocif pour l’environnement, et en passant pour la prairie de votre cheval.

 

La première chose à faire pour maintenir la bonne santé d’une pâture est donc de prêter une grande attention à ce que l’on utilise pour soigner son cheval. Autant que possible, il faut privilégier des produits naturels et ne traiter que si c’est vraiment nécessaire et que le cheval ne peut se défendre seul contre ce qui l’agresse. Dans cette idée, plutôt que d’utiliser des produits biocides, on doit privilégier des produits qui vont stimuler les défenses naturelles du cheval, renforcer son immunité, ou améliorer la santé de ses flore bactériennes positives, en choisissant par exemple les Micro-organismes Efficaces ou EM. De cette façon, on limite au maximum l’impact sur l’environnement des produits de soin que l’on administre à son cheval ou qu’on lui applique en local.

Pour découvrir des produits de soin bio

Au-delà des soins, préserver la bonne santé d’un pré, c’est aussi bien le gérer. Car c’est la façon dont il est géré qui va conditionner l’état de son sol et de sa végétation. Chaque choix doit donc être pris après une réflexion incluant le bien être des chevaux mais aussi le respect de la faune et de la flore sauvages. Et cela va bien au-delà d’un concept écologique. En effet, tout l’écosystème du terrain participe activement à la qualité de vie de votre cheval. Par exemple, la biodiversité de la flore garantit à votre cheval des apports variés ainsi qu’une possibilité de régler lui-même certains petits troubles de santé grâce à des plantes sauvages dont il acquiert la connaissance. La présence d’arbres et arbustes lui fournit du vivant à manger l’hiver et la plus grande dureté des branches et écorces l’aide à mieux user ses dents, ce qui réduit vos frais de dentisterie. Les oiseaux, quant à eux, peuvent dévorer les insectes qui l’ennuient à la belle saison. Il est donc important que vous permettiez le développement ou le maintien d’une grande biodiversité dans la prairie. 

Pour cela, il convient d’éviter au maximum le surpâturage, ou de le limiter à une parcelle réservée aux moments où vous êtes un peu juste et nourrissez au foin, ou à la période du printemps lorsque l’herbe qui commence à repousser est trop riche pour les chevaux. Le surpâturage épuise le sol, le compacte et finit par conduire à la disparition du couvert végétal qui protège la terre et les micro-organisme qu’elle abrite, et parfois même à l’arrachement des racines. Le terrain devient alors très boueux lorsqu’il pleut et très vite desséché lorsque le soleil revient. L’herbe repousse plus éparse et des plantes indésirables telles que le séneçon de Jacob peuvent faire leur apparition. Pour éviter cela, l’idéal est de disposer d’un espace adapté au nombre de chevaux et de faire des rotations très régulières lorsque l’on a plusieurs petites parcelles distinctes, changeant les chevaux de pré avant qu’ils aient tout rasé. Une fois la parcelle mangée, il est intéressant de faucher les refus et de disperser les crottins, qui viendront enrichir le sol et créer de l’humus. Si le sol est pauvre en micro-organismes, vous pouvez aussi en pulvériser pour redonner vie à sa flore. Vous verrez que vos prairies ainsi préservées et entretenue embelliront au lieu de s’appauvrir à mesure des années. Mieux le sol se portera, plus la biodiversité augmentera et vous verrez réapparaître des fleurs de prairies et des graminées qui ont disparu de bien trop de parcelles. Bien sûr, pour favoriser le développement de cette flore, vous pouvez semer des mélanges de graines de prairie naturelles adaptées à votre région, et vous devez penser à laisser le pré monter en graines avant d’y introduire vos chevaux, afin que la flore se ressème d’une années sur l’autre. Les abeilles vous en remercieront, mais aussi vos chevaux qui bénéficieront d’une alimentation plus variée et moins riche en sucres que les prairies habituelles. Leur santé s’en ressentira aussitôt!

 

Cette belle prairie bio à la biodiversité importante ne donne-t-elle pas bien plus envie qu’un champ de ray grass qui rend vos équidés malades?

 

Quant aux oiseaux et autres petits animaux dont la présence est indispensable à l’équilibre de l’écosystème de votre pré, il faut leur laisser un maximum de possibilités d’habitat. Cela nécessite de laisser en place des haies, des bosquets, des zones de friche, des bordures de ruisseaux non aménagées. Autant de zones inaccessibles et préservées où ils trouveront abri, nourriture et tranquillité. Vous pouvez aussi venir en aide aux oiseaux souffrant de la disparition des prairies naturelles en laissant pousser une parcelle trop petite pour les chevaux et en leur mettant à disposition des mangeoires en hiver. Pensez aussi à faciliter la nidification des hirondelles en leur laissant un accès aux bâtiments abritant le foin. Plus les oiseaux seront nombreux chez vous moins vos chevaux souffriront des insectes! 

Enfin, respecter le sol d’une prairie, c’est aussi l’aménager le moins possible et lorsque c’est nécessaire choisir des matériaux respectueux de l’environnement. Les géotextiles et les dalles de plastique, on ne peut guère faire pire pour polluer un terrain. Tout ce plastique est loin d’être biodégradable. A mon sens, le recours à ce genre de matériaux est bien loin de s’inscrire dans une logique de permaculture. De même, les zones stabilisées à renfort de pierres et de sable deviennent autant de zones où plus rien ne poussera et où aucune faune ne trouvera plus ni abri ni lieu de vie. Alors autant il est difficile en dehors du Sud de la France de s’en passer si on veut travailler ses chevaux toute l’année, autant il est possible de trouver d’autres solutions pour aménager le lieu de vie des chevaux. Par exemple, on peut recourir à du bois raméal fragmenté ou BRF, aussi appelé bois de paillage. D’une part, ces copeaux de bois peuvent être obtenus à partir des branches d’arbres coupées lors de l’entretien courant de la parcelle, d’une zone boisée ou de votre jardin, ce qui évite de les faire brûler. D’autre part, les copeaux ont une grande capacité à retenir l’eau et finissent par se mélanger au sol et y former un humus riche qui en améliore considérablement la qualité. Pour vous donner un exemple, l’année dernière, les orages printaniers ont fait tomber 4 arbres chez moi. Le gros a été débité pour nous chauffer l’hiver, et nous avons mis les branches à disposition des chevaux pour qu’ils en mangent les feuilles avant d’en faire du BRF qui nous a servi à stabiliser une zone de nourrissage. Non seulement nous avons donné un sens à ces petites catastrophes naturelles en utilisant l’entièreté des arbres tombés, mais en plus nous avons fait des économies en stabilisant un espace sans investissement. N’est-ce pas un bel exemple de permaculture ? 

 

Gérer des prés, c’est donc avoir une responsabilité envers la faune et la flore qui les peuplent. Mais ce qui est extraordinaire, c’est que si vous prennez bien soin de cet écosystème, vous et vos chevaux êtes vraiment gagnants sur le long terme puisque vous valorisez chaque année votre terrain qui nourrit mieux vos chevaux et leur est plus agréable à vivre. N’est-ce pas une bien bonne raison de faire les bons choix? 

 

Laure Souquet
equinessentiel(a)gmail.com
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  1. Yvonne Vincent

    Article très intéressant comme d’habitude ! merci

  2. philippe gilet

    encore un article très intéressant sur lequel beaucoup de propriétaires devraient prendre exemple de la « gestion » des parcelles.En plus éviter tous les engrais « chimiques » pour faire pousser l’herbe qui ne sont certainement pas ce qu’il y a de mieux.Le fumier de cheval(fumier d’un an)est certainement ce qu’il y a de mieux pour engraisser les parcelles…???
    Bonne continuation et merci pour l’article.

    • En effet, le fumier de votre cheval, c’est le top, d’autant que vous savez ce qu’il mange et comment il est géré!

  3. Garreau

    Article très intéressant
    Merci beaucoup

  4. Lelieur

    Bonsoir
    Tout d’abord merci pour vos articles toujours très interressants.
    Depuis que je dévore vos différents papiers une question me revient régulièrement comment vermifugez vous vos chevaux ?
    Merci pour votre réponse ou peut être un article à venir
    Cécile
    Je vous avais contacté pour ma vielle jument tombée et qui ne pouvait se relever. Vous ne vous déplaciez pas en Seine et Marne mais vous m’aviez conseilléSouplesse en Spagyrie et Ostheopathe
    Elle a vu une Ostheopathe très douce ( qui surtout vu beaucoup d’arthrose au niveau des genoux)puis je lui donne du Souplesse et pommade arthrose que vous vendez et ds un 2 eme temps j’ai fait votre mélange huiles végétales et huiles essentielles.
    Depuis elle semble aller mieux elle a le morale et la semaine dernière au pré elle a « craqué « elle s’est roulée avec Bonheur. Il lui a fallut plusieurs essais mais elle a réussi à se relever. Ouf Elle ne le fait pas tous les jours mais c’est trop bon. Voilà à la prochaine
    Cécile

    • Bonjour,

      Merci pour votre intérêt et pour ce partage de votre expérience avec votre jument! Je suis heureuse que vous ayez pu l’aider à se remettre.
      Pour ce qui est des vermifuges, j’en prends des naturels, comme celui de chez Loen qui est mon dernier essai. C’est une bonne idée de sujet d’article, je vais m’y mettre!

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